• Le 24/XI prochain marquera pour la piscine Molitor (Paris, XVIe arrondissement) une véritable renaissance. C’est en effetNouvelle piscine Molitor. ce jour-là que le Conseil de Paris votera (sauf surprise improbable) la délibération entérinant l’attribution du bail d’exploitation du futur complexe de la porte Molitor au groupement Colony Capital/Accor/Bouygues. La réouverture devant, elle, intervenir au plus tard en 2012.

    ENFIN !

    Enfin, on va soigner la véritable verrue que représente Molitor  dans le sud du XVIe arrondissement de la capitale, elle qui a trop longtemps été laissée à l'abandon (ndlr depuis 1989, voir l'article « Sauvez Moli »). Et que de nombreux riverains avaient appris à ignorer. Certains espérant même sans doute que l’édifice si abîmé s’effondrerait un jour, à défaut de pouvoir être détruit*[1].

    En tout cas, le projet retenu, qui coûtera près de 65 millions d’€ (pas aux cNouvelle piscine Molitor.ontribuables parisiens assure t-on à la mairie), devrait apporter peu de changements par rapport à ce qui existait antérieurement (reste à préciser la question des tarifs qui s'annonce déjà épineuse, puisque l'on parle de 20 à 60 € l'entrée journalière). L'aspect général des différentes façades est ainsi conservé malgré les protubérances vitrées ajoutées pour loger les nouveautés du projet. Et, l’on retrouve avec joie les bassins d’hiver et d’été d’origine qui ont fait le bonheur des Parisiens (et des Boulonnais) qui fréquentèrent le lieu pendant cinquante ans. Les nouveautés : entre autres, la création d’un hôtel 4* (98 chambres), d’un centre de remise en forme, ainsi que des restaurants (dont un diététique) et quelques commerces (encore me direz-vous … peut-être le futur centre commercial de « Jean Bouin » n’en prévoyait pas encore suffisamment, mais passons !).

    Le point positif du projet, celui qui a probablement pesé dans la balance lors du choix du vainqueur par les membres de la Commission le 27/X dernier*[2], réside dans l’offre faite aux scolaires, à savoir un large bassin de 33 mètres sur 13 (contre 20 sur 10 au projet concurrent). Ce qui, pour eux, est une bonne nouvelle surtout si, comme prévu, on leur supprime l’accès au futur « Jean Bouin » et que Roland-Garros leur prend « Georges Hébert » pour son extension prochaine*[3].

    Le calendrier de la procédure a été publié sur le site de la mairie de Paris, et si tout se passe bien, nous n’avons plus que quelques mois à attendre avant de profiter à nouveau de ce superbe équipement qui redonnerait Ateliers Le Corbusier BB.vie au quartier en dehors des évènements sportifs du Parc des Princes, de Jean Bouin ou de Roland-Garros.  Et puis, la renaissance de ce bâtiment des années 1920/30 (même légèrement modifié) ajoute un édifice phare supplémentaire à cette partie de Paris et Boulogne qui apparaît déjà comme la Mecque des adorateurs d’art déco*[4] (c.f ci-dessus).

    Eric BAIL pour èV_

    Note de nouvelle version

    Depuis la rédaction de cet article, la situation semble de nouveau bloquée. En effet, la crise a considérablement tari les crédits et la piscine présente toujours son triste aspect à l’heure où j’écris ces quelques lignes. Et rien ne semble devoir changer rapidement. Au moins, grâce à une célèbre marque de sport à virgule, nous avons pu (et ce fut une grande première pour moi) visiter ses entrailles. Ni[…] a lancé en effet pendant Roland-Garros2010 l’opération « The Club » et chacun pouvait venir taper la balle dans un des bassins, aménagé en cours de tennis. Une excellente initiative dont ont profité beaucoup de Parisiens pour venir redécouvrir ce bijou « art-déco » en attendant une prochaine réhabilitation.

    -----

    [1] Puisque le bâtiment, inauguré en 1929, est inscrit à l’inventaire supplémentaire des bâtiments historiques.

    [2] Cette commission spéciale était composée de Conseillers de Paris, sous la vice-présidence conjointe de l’adjointe au maire de Paris chargée de l’urbanisme, Anne HIDALGO, de Jean VUILLERMOZ, et de Claude GOASGUEN, actuel maire du XVIe arrondissement. Colony Capital était opposé à GTM (filiale de Vinci), dont le projet avait été conçu par Jacques FERRIER, à qui l’on doit le pavillon de la France à l’exposition Shanghai2010.

    [3] La situation a passablement évolué depuis la rédaction de cet article. En effet, fin 2009/début 2010, la FFT a mis la pression sur la mairie de Paris pour faire bouger les lignes, menaçant dans le cas contraire de déménager à Versailles ou à la plaine Saint-Denis, près du SDF. Dans l’équipe DELANOE, on n’imagine guère plausibles de tels scénarii, et on parle de bluff de la fédé de tennis qui espèrerait ainsi un déclassement d’une partie du Bois de Boulogne. Rien n’est encore décidé, affaire à suivre…

    [4] Je pense aux multiples constructions, notamment de MALLET-STEVENS, de PINGUSSON ou de Le CORBUSIER, qui pullulent ici ou là (entre autres rue Mallet-Stevens, rue Nungesser-et-Coli à Paris, Allée des Pins, rue Denfert-Rochereau à Boulogne, etc.).

    -----

    Sources : paris.fr.

    Crédits photos : paris.fr et photographies personnelles prises le 18/V/2008 (ateliers Lipchitz-Miestchaninoffr signés Le Corbusier) et le 01er/VI/2008 (façade de Molitor).

    Version issue de PériphériK (28/X/2008) ; mise à jour en date du jeudi 10/VI/2010.


    votre commentaire
  • Jan KAPLICKY n’a toujours pas digéré qu’une bonne partie de ses concitoyens (y compris le premier d’entre-eux), ainsi que les conseillers municipaux de la ville de Prague dénigrent (et finissent par enterrer) sa « pieuvre », c’est-à-dirBibliothèque KAPLICKY.e son projet pour la future bibliothèque nationale praguoise qu’ils ont même dédaigneusement surnommé le « crachat ».

    L’architecte tchéco-britannique vient en effet de refuser le prix national des arts et de l’architecture que délivre chaque année le ministère de la culture tchèque, et qui lui a été décerné cette année pour l’ensemble de son œuvre. Il a même écrit une lettre au ministre de la culture motivant sa décision, et dans laquelle il explique que « dans la situation actuelle […] le gouvernement pose des limites […] à Bibliothèque KAPLICKY.ses activités en République Tchèque qui ne lui permettent pas d’accepter le prix ».

    C’est que le ressentiment de l’architecte est grand après l’affaire qu’a suscité son projet l’année dernière, à la fois dans le pays et sa capitale. Car, après une période qui lui fut plutôt favorable, avec des soutiens de poids, tels le maire de Prague, Pavel BEM, qui évoqua « l’architecture intéressante » de son projet, ou l’ancien président Vaclav HAVEL qui trouva son architecture « raffinée et jolie », tout s’est rapidement compliqué. Notamment suite aux prises de position présidentielles puis municipales. L’un des conseillers municipaux, David VONDRAZKA,  estima « qu’on Bibliothèque KAPLICKY.ne saurait établir une chose pareille près du Château de Prague […], et que l’édification de cette bibliothèque porterait préjudice à son panorama », tandis que le président en exercice, Vaclav KLAUS, alla même jusqu’à avouer « qu’il serait prêt à empêcher cette construction de son propre corps ».

    Mais, qu’avait donc de si particulier le projet de KAPLICKY pour provoquer de telles réactions, si passionnées, si déraisonnées ? Sans doute indéniablement l’anticonformisme de son architecture, avec ses couleurs acidulées, sa forme gélatineuse, son emprise éclatée. Ce qui ne pouvait pas coller, selon ses détracteurs, à la fonction à laquelle il se destinait. D’autant que sa localisation, en plein cœur du parc de Letnà, c’est-à-dire tout près [trop près] du très traditionnel château de Prague représentait, pour beaucoup d’entre-eux, un crime de lèse-majesté. Même si d’autres raisons, sans doute moins avouables (plus politiqueBibliothèque KAPLICKY.s) ont pu également peser. Surtout quand on sait que l’on évoque maintenant l’érection probable d’un stade de foot  au même endroit !

    En tout cas, si on ignore désormais quel sera l’avenir de la « pieuvre » à Prague, bien qu’il semble bien sombre, cela aura eu un mérite, celui de susciter de nombreux débats, et de centrer les regards sur la République Tchèque et sa capitale. Il serait peut-être bon de menacer de déployer de semblables tentacules au cœur de Paris pour réveiller notre capitale qui, entre sa future pyramide et son carreau-canopée, paraît bien ankylosée.

    Eric BAIL pour èV_

    -----

    [1] Depuis la rédaction de cet article, l’architecte Jan KAPLICKY nous a quitté de façon tragique à 71 ans (le 14/I/2009), en pleine rue et alors qu’il venait à peine d’être papa pour la seconde fois. Sans doute avait-il mis trop d’énergie dans ce dernier projet qui ne verra donc jamais le jour. Petite pensée à travers cette vidéo-hommage :

    -----

    Sources et montages : archiportale.com ; lidovky.cz ; radio.cz ; lemoniteur.fr ; batiweb.com.

    Nouvelle version en date du 13/VI/2010.


    votre commentaire
  • La mairie de Paris vient d’annoncer officiellement, après une quarantaine de réunions de concertation (ça en valait la peine !), que le projet initialement retenu pour l’aménagement du « futur-ex-néo » jardin des Halles ne subirait plus guère de modifications avant le lancement des travaux prévu en 2010.

    Le projet de l’équipe SEURA/MANJardin des Halles.GIN/RAGUIN (toujours aussi simple de savoir qui fait quoi dans cette histoire depuis le début) devrait donc bien prendre la forme qu’on lui connaît maintenant depuis plus d’un an sur plans et maquettes (ci-contre et ci-dessous). Seules une ou deux modifications très légères ont été apportées, comme un tracé supplémentaire nord-sud non prévu à l’origine, entre la place Saint-Eustache et la rue Berger. Le cardo-decumanus romain n’est jamais très loin quand on parle aménagement urbain/paysager, même aujourd’hui.

    Les quelques quatre hectares concernés en plein cœur de Paris, entre la Bourse de Commerce et le futur Carreau des Halles (sur lequel jJardin des Halles.’aurai l’occasion de revenir), désormais appelé « Canopée », se subdiviseront en trois grands ensembles : d’abord l’espace dit « la prairie », puis « le cours », enfin le « mail ».

    Ce dernier, côté rue Berger, sera le seul massivement boisé (on annonce cinq alignements de tilleuls et de marronniers), et encadrera avec la « prairie », située côté Saint-Eustache, qui sera une vaste pelouse parsemée d’arbres, d’arbustes et de quelques plans d’eau, le chemin de traverse, surnommé le « cours », qui permettra la liaison entre le forum et la bourse de commerce. Ce qui représente finalement la véritable (la seule ?) innovation du projet par rapport à la situation actuelle et permettra de clarifier incontestablement la perception globale de l’espace, en créant notamment de nouvelles perspectives.

    Comme prévu, et comme redouté par les riverains, le jardin Lalanne qui faisait la joie des enfants sera la principale victime collatérale de ce réamJardin des Halles.énagement. Même si de nouvelles aires de jeux sont annoncées, et s’étendront sur de plus amples espaces (près de 4 000 m²). Devrait même voir le jour un espace réservé aux adolescents en sous-sol (sous la « prairie »), sur près de 300 m². Ces deux seules opérations devraient coûter près de deux millions d’€ (pour un total de 35 millions d’€ pour l’ensemble du jardin), c’est donc bien la preuve que les jeunes et les enfants n’ont pas été oubliés et négligés.

    Le nouveau jardin sera, en tout cas, insiste t-on à la mairie, « ouvert sur la ville […] et constituera un espace de respiration et de liberté ». Personne n’en doute. Et pourtant, un certain malaise surgit indéniablement à la lecture duCanopée. dossier de presse que nous a concocté la mairie de Paris. En effet, si l’on met déjà de côté la « Canopée » qui ne fait grosso modo que substituer aux multiples « parapluies » existants un seul plus écrasé et qui englobe la totalité du « forum » (pour ne pas fâcher nombre de riverains, les tours et autres hautes bâtisses avaient été vite écartées), qu’est-ce qui change vraiment en surface ? Finalement peu de choses ! Nous avions un jardin, certes peu lisible, morcelé, et comportant  tout un tas d’autres défauts, c’est une évidence, mais que nous propose t-on à la place ? Un autre jardin, un peu plus clair car mieux tracé, et c’est à peu près tout ! C’est donc cela le grand projet de ré-aménagement public des Halles de l’ère Delanoë ? Un mini, que dis-je un micro « Central Park » (le vrai est tout de même 80 fois plus étendu avec 340 ha). Une fois eEscalators porte Lescot.ncore, nous jugerons sur pièce, et il fera sans doute bon se balader ici ou se poser là (en terrasses, sur la pelouse, etc.). Mais le centre de la capitale française ne méritait-il pas autre chose, un projet plus ambitieux, d’autant qu’il a quand même été longtemps pensé et réfléchi (on parle réaménagement ici depuis des décennies, et avec insistance depuis 2001). Et si on voulait plus d’espaces verts ou boisés, plus grands, bien faits, etc., il aurait mieux valu en créer de nouveaux, sur des sites parisiens en devenir, et pas refaire du neuf avec du vieux !

    Alors, c’est vrai qu’avec le(s) nouveau(x) projet(s), on ouvrira sans doute davantage le sous-sol à la lumière du jour. C’est vrai que grâce à lui/à eux, on repensera l’horrible, et bien inutile pour le piéton, place Marguerite de Navarre puisque l’on évoque ici un accès métro et une couverture des voies rapides. C’est vrai qu’avec lui/eux, on rendra peut-être également moins glauque les escalators d’accès principaux au centre (côté Lescot), où l’impression de descente en enfer est certaine (photos ci-dessus). Et c’est vrai qu’avec ce/ces dernier(s), le poumon vert central de PJardin des Halles.aris subira un petit lifting, bien nécessaire au vu de l’état présent. Mais, le cœur de Paris qui se veut une grande métropole internationale dynamique, ne pourra pas se contenter de cela, parce qu’il fallait ménager les quelques riverains inquiets. Et même si l’on réussit, fort heureusement du reste, à trouver quelques atouts aux projets envisagés, on est loin désormais du centre dynamique, à la base du renouveau parisien, que l’on souhaitait établir ici.

    Alors certes, depuis la chute des pavillons Baltard, le trou qui leur avait succédé a bien été comblé, mais le vide, lui, semble bien se perpétuer.

    Eric BAIL pour èV_

    Note de nouvelle version (dimanche 13/VI/2010) :

    Evidemment, l’article date d’il y a deux ans, et la situation a bien évolué. Tout s’est même accéléré depuis la mi-mai 2010. En effet, subitement, les maîtres d’œuvre se sont aperçus, après des années d’études et de scénarii, que les protubérances multiples qui donnent son aspect morcelé et vallonné au jardin actuel et que l’on souhaitait justement faire disparaître avec le nouveau projet ne pourraient sans doute JAMAIS être gommées (présence de locaux techniques, et de divers réseaux indispensables). Alors qu’à la base, on avait parlé d’un simple avenant de 300 000 à 350 000 € pour faire disparaître tout cela. Bilan de l’opération : les travaux ont bien commencé, mais on ne sait déjà plus très bien où l’on va… Quand je vous disais, dès 2008, en conclusion du présent papier, que le trou hantait toujours les esprits, je n’imaginais tout de même pas qu’il pourrait si vite faire, physiquement cette fois, sa réapparition. A tous ceux qui « regrettaient » (comme moi) de n’avoir pu être présents dans les années 1970 pour voir (et mitrailler) ce fameux « trou », je leur dis « ne désespérez pas chers amis, et préparez vos numériques »… Paris nous surprendra toujours.

    -----

    Vidéo Cap24 de présentation du projet (conf, interviews, etc.) :

     

    -----

    Sources : « Aux Halles, le plus grand jardin possible » (paris.fr) ; dossier de presse « Les Halles, actualité du projet » (paris.fr).

    Crédits photos : paris.fr et photographie personnelle de l'escalator de la porte Lescot le vendredi 28/XI/2008.


    1 commentaire
  • Les transports en commun ont désormais la cote auprès du grand public*[1], et ça se voit. A tel point qu’ils sont devenus, pour les opérateurs gestionnaires publics ou privés, ou les institutions qui les financent, un important instrument de communication à leur service. Les exemples sont légions, à l’image Archiguide.des campagnes de pub de la SNCF ou de divers constructeurs*[2] qui surfent sur le succès du TER (Train express régional), du lancement récent des mini-guides « Archibus » (c.f ci-contre) qui permettent à la RATP de lier son image à la ville, à son dynamisme, à son histoire, etc., ou encore des annonces des différentes collectivités territoriales qui insistent sur leur implication dans le financement des réseaux. Un autre exemple récent en témoigne : la présence très remarquée de la RATP à la onzième biennale d’architecture de Venise qui se tient jusqu’au 23/XI/2008. Celle-ci y expose quelques-unes de ses réalisations (en cours ou à venir), parmi lesquels le poste de commandement du XVe arrondissement (destiné à la ligne 12 et dessiné par Emmanuel SAADI) ou le tout nouveau centre-bus de Thiais (photo ci-contre).Centre bus de Thiais.

    Arrêtons-nous un instant sur l’un de ces projets : celui du futur centre-bus de Montrouge, situé Porte d’Orléans, et qui s’étend sur près d’1,7 hectare. Jusqu’à présent, ce dernier se faisait plutôt discret (à l’image de ses semblables, rarement « sexy » esthétiquement) avec notamment une entrée plus ou moins dissimulée en fond de cour, rue du Père-Corentin (photo ci-dessous, à gauche), et des façades discrètes, pour ne pas dire carrément insipides, d’abord boulevard Jourdan et surtout rue de la Tombe-Issoire (ci-dessous, à droite). Or, la RATP a souhaité profiter d’une opération d’agrandissement de son centre de remisage (nécessitée par l’accroissement de l’activité bus en intra-muros) pour [ré]affirmer sa présence dans le quartier. Et notamment profiter de la bonne image dont elle y jouit suite notamment à l’arrivée du tram à cet endroit.

    Devrait donc voir le jour ici, entre 2009 et 2011/2, un tout nouveau complexe comprenant un centre bus réaménagé,Centre bus de Montrouge. plus grand d’une dizaine de places (qui s’ajoute aux 140 déjà existantes), des logements sociaux et une résidence étudiante, le tout en situation de porte-à-faux. Un concours d’architecture, relayé par une exposition du Pavillon de l’Arsenal, s’est tenu en 2007 et a vu s’affronter plusieurs équipes démontrant l’intérêt certain porté au lieu : entre autres Abalos & Herreros, Feichtinger Architectes, Frédéric Borel, Brossy et associés, etc.

    L’opération a été scindée en deux lots, le lancement du second suivant la réception du premier. Le « lot 1/Jourdan » concerne la réalisation de 150 logements sociaux (près de 15 000 m²) ainsi que la restructuration du centre-bus lui-même. L’Atelier SERAJI Architectes associés, lauréat de cette partie du concours, a créé un bâtiment à la Centre bus de Montrouge.forme irrégulière (façade et volume), généreux en espaces extérieurs, privatifs et collectifs (balcons et terrasses, cour, etc.). Et comme convenu, a limité les espaces communs aux deux ensembles (centre-bus et logements) qui cohabiteront ici. Seule la rampe d’accès « bus » aux parkings souterrains est visible en façade. Même si la régie, par le biais de son logo apposé sur celle-ci, affirme bel et bien sa présence sur le site (il s’agissait même d’une de ses exigences - photo ci-dessous).

    Le second lot, dénommé « Issoire », a été confié, lui, à Eric LAPIERRE et concerne la réalisation de 350 logements étudiants. Le bâtiment doit son aspect atypique à la véritable cicatrice diagonale qui court sur toute sa face du rez-de-chaussée jusqu’à son sommet. Ce qui permet d’y loger les espaces de circulation desservant chaque niveau, et notamment l’ascenseur-funiculaire, indéniable clin d’œil au commanditaire. Parallèlement, des lieux de rencontre indispensables à la vie Futur centre bus de Montrouge.étudiante y prennent place, tout comme des jardins d’hiver privatifs de 2 m². Extérieurement, il n’était peut-être pas le plus gracieux des projets en compétition, et il apparaît bien imposant par rapport aux bâtisses plutôt discrètes des alentours (montage de droite). Toutefois, il n’écrase tout de même pas le quartier comme aurait pu le faire un IGH (et comme ne manquera pas de le faire la Pyramide-Triangle d’Herzog & de Meuron porte de Versailles !).

    Les futurs bâtiments envisagés devraient indéniablement dynamiser ce petit « quartier » (morceau de quartier serait plus approprié) coincé entre la trépidante Porte d’Orléans, la trouée verte de Montsouris et l’ovni architecturalo-urbanistique que représente la Cité U de la porte de Gentilly.Futur centre bus de Montrouge. Tout en conférant une nouvelle image à ces lieux de stockage pour véhicules lourds (bus, tram, etc.) qui n’étaient pour les riverains jusqu’à présent au mieux qu’une tare visuelle, au pire une importante source de nuisances sonores.

    Mais, au-delà de cela, ce qui se joue avec ce projet (ou avec les autres mis en avant à la biennale par la régie), c’est le rôle qu’entend désormais jouer la RATP (comme d’autres acteurs des transports d’ailleurs) daPub RATP.ns la ville, et dans la politique urbaine de demain. Prenant conscience que son image ne se joue plus exclusivement dans ce qu’elle fait pour les déplacements quotidiens des citadins, mais aussi dans ce qu’elle réalise et commandite dans la cité. D’ailleurs, signe de ce changement, la régie ne se contente plus de proposer aux Parisiens et Franciliens de faire « Un bout de chemin ensemble », mais bien de leur faire « Aimer la ville ». Tout un programme…

    Eric BAIL pour èV_

    -----

    [1] Lire à ce sujet l’article du monde « Les transports en commun, victimes de leur succès » (édition en ligne du 16/IX/2008).

    [2] Je pense notamment à Bombardier qui s’expose, en ce moment, en grand Gare de Rouen, ou qui mit il y a quelques mois « si modestement » en scène son succès dans l'attribution du marché « Francilien », au Champ de Mars, devant l’Ecole militaire.

    -----

    Vidéo Cap24/Pavillon de l’Arsenal : « la RATP, maître d’œuvre » :

    -----

    Sources : « Centre bus de Montrouge et construction de logements » cyberarchi.com ; « Opération Montrouge 75014, 2 concours d’architecture » dossier de presse Pavillon de l’Arsenal, pdf téléchargeable sur leur site.

    Crédits photos : centre-bus de Montrouge (état actuel), photographies personnelles prises les 20/21 et 27/IX derniers ; cyberarchi.com (centre-bus de Thiais) ; pavillon de l'arsenal (photos-montages des projets).

    Nouvelle version du dimanche 13/VI/2010.


    votre commentaire
  • Le bassin de la Villette poursuit sa mutation. Après le réaménagement de ses berges avec l’installation entre autres d’un cinéma MK2, de cafés et diverses activités, la mise en valeur de la magnifique rotonde de Claude-Nicolas LEDOUX, vestige de l’enceinte des Fermiers généraux, et même cette année (ndlr 2008) l’arrivée de l’estivante Paris-Plage, c’est au tour de l’ancien site des Magasins généraux de Paris de s’offrir un petit « lifting », en accueillant une auberge de jeunesse, un hôtel et un restaurant dans un bâtiment flambant neuf.

               

    Composé à l’origine de deux entrepôts édifiés entre 1845 et 1853, ce site poursuit à merveille la perspective qui se dessine depuis la place de la bataille de Stalingrad et la rotonde jusqu’au parc de la Villette. Il servait autrefois de lieu pour le stockage de denrées alimentaires non Perspective bassin de la Villette.périssables, comme le sucre, la farine ou le grain. Avant de finir par accueillir bureaux ou squats d’artistes en tout genre, après sa requalification dans les années 1970.

    Si l’incendie qui le ravage en partie au début des années 1990 ne brise pas la perspective, il vient en revanche, en mettant à terre l’un des deux entrepôts*[1], rompre l’harmonie qui y régnait jusqu'alors. C'est pourquoi l’idée de reconstruire à l’identique le bâtiment disparu s’impose très rapidement. Même s’il faut quinze ans, et de nombreuses réunions publiques pour venir à bout des réticences, souvent légitimes, des élus de l’arrondissement ou des habitants du quartier. Le compte-rendu d’une de ces réunions est toujours disponible sur le site de la mairie du XIXe arrondissement. Au cours de celle-ci, qui s'est tenue le 14/IX/2004*[2], le projet envisagé est contesté car on estime qu'il repose uniquement sur des fonds privés et qu'il vise à édifier, outre une auberge de jeunesse que personne ne remet en cause, un restaurant et un hôtel dont on saisit mal l'utilité pour les riverains du bassin de la Villette. Néanmoins, l’opération se concrétise et aboutit à l’inauguration le 17/VII/2008 par le maire de Paris, Bertrand DELANOE, du bâtiment des architectes Philippe CHAIX et Jean-Paul MOREL. Même si l’auberge de jeunesse St Christopher’s Inn avait déjà débuté son activité depuis le début de l’année 2008.

    Celle-ci offre désormais aux jeunes du monde entier 275 lits, répartis en dortoirs de quatre à huit lits (bien individualisés cependant avec rideau et lampe personnels), dans l’un des seuls quartiers de Paris qui offre un tel point d’eau. Les salles de bain, elles, sont communes. Quant aux prix affichés, sans être comparables aux tarifs pratiqués dans ce genre d’établissement et visant ce type de clientèle, ils restent tout de même abordables, avec une fourchette comprise entre 17 € et 30 € la nuit. L’ensemble est complété par un hôtel 3* de 144 lits, un bar, le Belushi’s, et un cyber-café. De quoi capter une clientèle qui boude la capitale au profit/détriment de villes jugées plus branchées, plus dynamiques comme Londres, ou surtout Berlin et Barcelone.

    L’architecture du bâtiment devrait en tout cas faciliter les réservations, tant elle apparaît de prime abord réussie. Pourtant, ici, pas de geste architectuVue depuis le pont levant.ral, pas de prouesses techniques, la bâtisse reprend globalement la physionomie initiale de l’entrepôt disparu. Ce qui permet notamment de re-créer l’équilibre d’antan avec la berge opposée, dont le pavillon a lui aussi connu une petite cure de jouvence (restauration, mise aux normes). En revanche, ce qui lui confère un certain charme, c’est cette très belle enveloppe faîte d’aluminium qui l’entoure gracieusement, à l’image d’un cocon non encore achevé*[3]. Celle-ci permet à la fois de masquer les passerelles d’accès aux chambres de chaque niveau, tout en conférant une légèreté au volume ainsi rebâtit à l’identique. D’autant plus que le corps du bâti, en bois, se situe en retrait par rapport à cette couche externe qui semble ainsi presque flotter.

    Ce sentiment de légèreté, la construction le doit aussi à l’espace vide qui prend place entre l’hôtel et l’auberge de jeunesse qui permet de créer un espace public intérieur (rue et jardin) au plus grand bonheur des visiteurs de passage qui y jouissent d’un point de vue imprenable sur le bassin de la Villette.

    Pour une fois, personne ne trouvera à redire que la jeunesse se rue dans les magasins…

    Eric BAIL pour èV_

    -----

    [1] Le second pavillon eut plus de chance, même s'il dut, pour des raisons de sécurité, fermer ses portes jusqu'à très récemment. Il est devenu aujourd'hui une antenne de la Cité universitaire de Gentilly.
    [2] Elle s’intitulait « Reconstruction des magasins généraux Quai de Seine – Quels projets pour le bassin de la Villette ? ».
    [3] Un peu à l’image de ce qu’a fait l’agence berlinoise Gnädinger avec le « Science Center Medical Technology » dans la capitale fédérale (je vous en parlais ici).

    -----

    Vidéo du Pavillon de l’Arsenal sur la rénovation des magasins :

    -----

    Source : mairie19.paris.fr (pour les chiffres), parisobs.nouvelobs.com.
    Crédits photographiques : photographies personnelles prises le lundi 21/VII/2008.


    1 commentaire