• L’annonce couperet de sa fermeture en 2005*[1] avait été un choc pour nombre de Parisiens, et surtout pour ses milliers de salariés, la Samaritaine*[2] pourrait finalement rouvrir si l’on en croit le récent communiqué de son propriétaire, la maison de luxe LVMH. Même s’ils sont encore nombreux à ne pas croire en une résurrection possible du Grand magasin du Ier arrondissement tant sa fin avait été précipitée et semblait irréversible. On en avaiFaçade Samaritaine.t même déjà fait un hôtel de luxe en cas de succès de la candidature parisienne à l’organisation des JO de 2012.

    LVMH vient pourtant de présenter un avant-projet en vue de l’aménagement du site, pour une réouverture prévue aux environs de 2013*[3]. S’il comprendra bien un hôtel de 14 000 m², il ne se cantonnera apparemment pas à cette seule activité. Des commerces devraient également voir le jour, sur la façade de la rue de Rivoli. Ce qui permet à la maison-mère de sauver les apparences en terme d’emplois et d’obtenir ainsi le soutien des élus du personnel, même si cette partie du projet ne devrait pas être la plus importante. Car, un pôle bureaux de plus de 25 000 m² (sur un total de 40 000 m²) occupera également les lieux. On y prévoit même quelques logements sociaux, ce qui en un tel endroit de la capitale est assez inédit. En attendant, on ne peut que se réjouir de voir l’un des joyaux « art déco » du cœur historique de Paris (signé Frantz JOURDAIN et Henri SAUVAGE) susciter encore de l’intérêt de la part des pontes de LVMH. Certes, quelque soit le type de projets, ils dénatureront inévitablement le lieu, mais le voir fermé est sans doute pire encore, enfin c’est ainsi que l’on se console !

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] C’est le 15/VI/2005 que le magasin avait subitement fermé ses portes pour des raisons de sécurité. Selon la direction, de lourds travaux, incompatibles avec une ouverture au public, étaient devenus indispensables.

    [2] Le magasin tient son nom de la pompe à eau qui était installée sur le pont Neuf voisin et qui était surmontée d’une représentation de la samaritaine.

    [3] 2011 avait été la date préalable annoncée au moment de la fermeture.

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    Photographie personnelle prise le vendredi 26/XII/2008.

    Version mise à jour en date du vendredi 11/VI/2010 (première version publiée le 14/VI/2008 sur PériphériK).


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  • Depuis toujours, urbanistes, architectes, utopistes, personnalités diverses (des arts, de la politique, de l’industrie, etc.) réfléchissent à ce que pourrait être la ville idéale, et ce dans le monde entier. Certains en sont restés à la théorie, tandis que d’autres mettaient concrètement en pratique leurs idées, même partiellement, même perverties par la réalité, et y ont connu la gloire, ou au contraire de retentissants échecs. Pour se limiter à trois exemples majeurs par sièSuper Tower.cle pour les trois qui viennent de s’écouler, nous pouvons évoquer Claude-Nicolas LEDOUX au XVIIIe avec ses salines d’Arc et Senans, Jean-Baptiste GODIN au XIXe avec son familistère de Guise ou Lucio COSTA au XXe avec son « plan pilote » de Brasilia. Mais nous pourrions également citer quelques autres illustres penseurs de la ville, comme par exemple les Français Charles FOURIER, Victor CONSIDÉRANT ou Auguste PERRET, le Franco-suisse Charles-Edouard JEANNERET, dit Le CORBUSIER, l’Anglais Robert OWEN, l’Italien Camillo SITTE, l’Américain Frank Lloyd WRIGHT, ou le Hollandais Rem KOOLHAAS.  Et la liste est évidemment loin d’être exhaustive.

    Le XXIe en cours pourrait bien avoir déjà trouvé son porte-étendard en la matière, à travers le projet un peu fou du cabinet Popular Architecture. L’idée : ériger en plein cœur de la très dynamique capitale britannique, de gigantesques tours gruyères, les « Super Tower », de plus de 1,5 kilomètre de haut, abritSuper Tower.ant chacune près de 100 000 personnes. Ainsi, sur un espace relativement restreint (comparatif en anglais ci-contre), de véritables villes dans la ville émergeraient concentrant en un seul lieu habitat, travail et zone de commerces. Ce qui permettrait d’apporter enfin une réponse à la question des déplacements pendulaires sans cesse plus nombreux et plus longs. Tout en résolvant l’épineux problème, dont découle le précédent, de l’extension continue du périurbain qui touche la quasi-totalité des grandes aires métropolitaines du monde, et qui demeure pourtant à l’heure actuelle la seule réponse viable apportée à la croissance urbaine*[1]. Popular Architecture réinvente en somme en 2008 le concept de « villes nouvelles » qui n’a guère jusqu’à présent prouvé son efficacité*[2].

    Côté architecture et structure, ces IGH (Immeubles de grande hauteur, bien qu’il faudrait plutôt utiliser le terme de ITGH, c’est-à-direSuper Tower. d’Immeubles de très grande hauteur) seraient percés régulièrement d’énormes ouvertures, protégées ou non par des verrières, et qui accueilleraient des parcs et jardins, des espaces de loisirs comme des terrains de sport ou des théâtres, des cafés et des bars. Afin d’assurer l’autonomie énergétique du bâti et de respecter au maximum l’environnement, des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, des zones de retraitements des eux usées et des déchets, et des récupérateurs d’eau de pluie trouveraient également toute leur place en leur sein.

    Pour donner au projet une échelle un peu plus humaine, et fonder un véritable projet de civilisation, les concepteurs ont prévu de subdiviser ces immenses tours-cités en quartiers qui seraient peuplés d’environ 30/35 000 personnes, réparties sur 500 étages. Chacune de ces communautés aurait son nom, élirait ses représentants, en bref possèderait son identité propre.

    La ville se repense et devient tour afin de répSuper Tower.ondre aux défis majeurs qu’elle pose elle-même.

    Et de fait, on ne peut s’empêcher de penser au monde de 2381 décrit par Robert SILVERBERG, célèbre auteur de science-fiction américain, dans les « Monades urbaines » (couverture de la version poche ci-contre) où les Hommes vivent désormais dans des tours de mille étages et de 3 000 mètres de haut qu’ils ne quittent jamais et qui regroupent chacune 800 000 habitants. Un groupe d’étages reçoit le nom d’une ancienne ville de la Terre, et une stratification sociale y existe, les couches sociales aisées et dirigeantes occupant les derniers étages, avant qu’une piste d’atterrissage ne couronne le bâtiment. Chaque « monade » recycle ses déchets et produit son énergie. Ce système permet de n’occuper que 10 % de la surface du globe et de laisser le reste à l’agriculture qui doit quand même nourrir plus de 75 milliards d’individus. On résout de fait du même coup les problèmes de la surpopulation, de la croissance et de l’étalement urbains, et des moyens de subsistance.

    Et si on reste ici dans un scénario de pure fiction, il en va différemment pour le projet de Popular architecture qui se veut réalisable un jour. Et de fait, de très nombreuses critiques n’ont pas manqué de surgir sur ce dernier. Premièrement, il paraît techniquement difficile, voire impossible, Super Tower.de construire de pareils édifices. La Burj Tower de Dubaï et ses probables 800 mètres de haut*[3] semblent déjà flirter avec les limites du possible côté construction. Et le projet chinois de Bionic Tower et ses 1,2/1,6 kilomètre de hauteur est resté également pour l’instant profondément enfoui dans les cartons, faute de solutions techniques disponibles. Comment ensuite assurer une bonne fluidité des déplacements dans des structures tout en verticalité. D’une part, la rue comme on l’a conçue depuis des siècles n’existera plus et il faudra donc imaginer de nouveaux espaces publics, indispensables à la vie sociale. Et d’autre part, les ascenseurs devront y être nombreux, rapides, et surtout très sûrs tout en n’occupant pas une superficie trop conséquente dans le bâtiment. Ce qui réduirait d’autant l’espace disponible pour l’habitat par exemple. Ensuite, un grand nombre de problèmes se pose du point de vue de la sécurité. Depuis les attentats du 11/IX/2001 contre les Twin Towers de New-York, la grande hauteur peut faire peur, et aucune véritable parade n’a encore été trouvée contre des terroristes déterminés, si tenté que nous les imaginions un jour. D’autant que des tours de 1,5 kilomètre de haut seraient évidemment plus vulnérables que des constructions de 400 ou 500 mètres, à moins qu’il y ait quelques innovations majeures côté matériaux. Peut-on penser enfin que laisser ouvertes les gigantesques loggias comme le prévoit le cabinet d’architecture, soit réaliste. Que celles-ci se trouvent au 20e ou au 500e étage. N’oublions pas non plus le problème que posent les incendies dans ces Super Tower.structures très hautes, même si les concepteurs ont ici proposé une solution : réserver régulièrement des étages entiers aux soldats du feu.

    On pourrait enfin soulever deux autres problèmes majeurs qui restent en suspens, dont un fait débat depuis environ un siècle. Est-ce possible de vivre en permanence dans des immeubles à la taille aussi élevée ? Peut-on se sentir à l’aise dans de telles constructions et y a t-il des conséquences sur le corps humain, sur la santé de ses habitants ? Certains le pensent, rien n’a cependant été prouvé à l’heure actuelle. Quant à l’envie d’habiter de tels édifices, il s’agit d’une « vraie-fausse » question, surtout quand on sait par exemple que les taux de rotation dans les logements du quartier des Olympiades, dans le XIIIe arrondissement de la capitale française, sont l’un des plus bas du parc géré par l’OPAC de Paris. Les habitants avouent aimer leur tour, leur quartier (pourtant sur dalle) et apprécient la vue et la luminosité que leur offre la hauteur des bâtiments.

    Reste enfin un dernier problème, d’envergure également, celui de la construction proprement dite. Outre qu’aucun matériau ne permet actuellement de l’envisager, comme nous l’évoquions précédemment, il y a le coût prohibitif d’une tour type « Super Tower » londonienne. Alors même que l’érection d’un « simple » gratte-ciel de 200, 300 ou 400 mètres de haut aujourd’hui décourage parfois déjà certains promoteurs. A quoi il faut ajouter les coûts d’entretien d’une telle bâtisse qui seront peut-être dissuasifs pendant encore longtemps. Et puis, comment rentabiliser rapidement celle-ci s’il faut attendre plusieurs années,Super Tower. voire plus d’une décennie, avant que ne commencent à arriver les premiers occupants et donc les premières rentrées financières. A cela, Popular architecture a répondu que « la tour serait construite en plusieurs étapes de vingt étages pouvant être habités une fois construit [...] La hauteur finale de 1 500 mètres n’étant que le stade final d’un programme de construction de plusieurs phases ». Idée intéressante, originale mais impossible à mettre en œuvre concrètement. Qui peut imaginer vivre avec un chantier colossal, cyclopéen, au-dessus de la tête pendant plusieurs décennies. Les nuisances sonores, visuelles, et le danger que cela représente tout simplement pour les riverains (chute de matériels, affaissement de structures, etc.) condamnent donc pour le moment le projet du cabinet londonien.

    Mais, ce travail révolutionnaire pose toutefois les bases de ce que sera peut-être la ville de demain. Et si Londres et le Royaume-Uni sont de nouveau à la pointe des réflexions dans ce domaine, Paris et la France peuvent peut-être prendre une longueur d’avance avec l’érection prochaine de la Tour Signal à la Défense qui n’est autre qu’une mini « Super Tower ».

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Si la moitié de la planète vit déjà en ville en 2008 (3,3 milliards d'individus sur 6/7 milliards d'Hommes). D'ici 2030, c'est plus de 80 % de la population mondiale qui vivra dans des aires urbaines, soit plus de cinq milliards de personnes. Sources : fonds des nations unies pour la population ; unfpa.org

    [2] Les villes nouvelles franciliennes (Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée ou Melun-Sénart) datant des années 1960 avaient comme principal objectif, mais non le seul, de rapprocher domicile et travail. Selon des conclusions récentes de chercheurs, "le taux moyen d'emploi dans ces villes nouvelles par rapport à la population active résidente est le même que celui de la région Ile-de-France, soit 93 %". Source : delouvrier.org

    [3] Longtemps, sa hauteur est restée secrète. Il semble qu’elle soit enfin fixée définitivement à 815 m. (avec antenne).

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    Source et crédits photos : populararchitecture.com.

    Nouvelle version en date du vendredi 11/VI/2010.


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  • 20 ans ! Cela va bientôt faire vingt longues années que la piscine Molitor, située dans le très chic XVIe arrondissement de Paris, a fermé discrètement, mais non moins définitivement, ses portes*[1].

    C’est en passant une nouvelle fois devant cette vieille dame que je me suis rendu compte de son état de délabremPiscine Molitorent après toutes ces années. Certes, je ne l’ai jamais connue ouverte et pleine de vie, mais après dix ans passés dans le quartier (au lycée La Fontaine voisin) je me demande toujours pourquoi, en plein cœur de l’un des plus beaux quartiers de Paris, rien n’a été fait plus rapidement pour rouvrir un tel lieu.

    Je me suis longtemps dit qu’ils feraient mieux de la détruire afin de transformer l’endroit, selon mes humeurs, en vaste place publique, en immense parking pour les stades voisins (Parc des Princes, Jean Bouin et Roland Garros), en complexe hôtelier de luxe, en centre commercial, voire simplement en piscine digne de ce nom. On manque parfois d’imagination.

    Mais, j’ai appris depuis, et avec joie, qu’elle ne pourrait jamais disparaître du paysage du quartier puisqu’un décret l’avait inscrite au répertoire des monuments historiques en 1990, soit à peine un an après sa fermeture.

    Vingt ans auront néanmoins été nécessaires pour que la mairie de Paris annonce enfin sa réhabilitation. Trois propositions ont été déposées en ce sens à la fin de l’année 2007*[2], et c’est logiquement avant la fin du premier semestre de cette année qu’un candidat sera désigné pour réaliser le réaménagement du complexe entre 2010 et 2012/13.

    Alors certes, on peut se dire qu’il « vaut mieux tard que jamais » ou pousser un gros « ouf » de soulagement. Mais, une autre pensée nous vient également à l’esprit : si la même méthode prévaut pour un autre grand lieu parisien récemment fermé, à savoir la Samaritaine, on peut craindre le pire.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] A la fin de l’été 1989, en août précisément. Elle avait ouvert en 1929 et était composée de deux bassins, l’un d’hiver, couvert, et l’autre d’été qui se transformait également en patinoire au début de la saison hivernale. Source : piscine-molitor.com.

     [2] Colony Capital SAS, ICADE/CDC et GTM Bâtiment. Source : paris.fr

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    Photographie personnelle prise le jeudi 02/VII/2009.

    La première version de cet article a été mise en ligne sur PériphériK (mon ancien blog) le 08/VI/2008 ; cette mise à jour date du jeudi 10/VI/2010.

    A consulter également : Sauvez Moli 2 !.


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  • 4/transports.L

    Les années se suivent et ne se ressemblent pas. C’est effectivement ce que doit se dire l’architecte français Jean NOUVEL. En effet, 2007 restera, pour lui, marquée p4/transports.ar deux échecs majeurs à Paris. D’abord, son projet pour les Halles non retenu alors qu’il était pourtant bien plus ambitieux que la proposition concurrente de MANGIN*[1]. Puis, son « Objet expérimental » pour la Tour Phare, déjà à la Défense, retoqué par le jury qui lui préféra « l’émergence hybride » de l’Américain Thom MAYNE*[2], peut-être plus consensuelle. L’année 2008 est, en revanche, tout autre. En janvier, Jean NOUVEL recevait le plus célèbre des prix d’architecture, le prix Pritzker, qui n’avait jusqu’à présent consacré qu’un seul de ses confrères et compatriotes, non moins célèbres, Christian de PORTZAMPARC. Mais, un bonheur n’arrivant jamais seul, Patrick DEVEDJIAN, président de l’EPAD*[3] vient d’annoncer, qu’au terme d’âpres discussions, le jury composé de représentants de collectivités locales, de l’Etat, ainsi que de diverses personnalités (dont il est vrai peu d’architectes), l4/transports.’avait désigné lauréat pour la construction de la future tour Signal de La Défense*[4].

    Après l’Institut du monde arabe (1981/7), la fondation Cartier (1994) et plus récemment le musée du Quai Branly, en 2006, décrié mais dont le succès auprès du public ne se dément pas, une nouvelle réalisation forte signée Nouvel devrait donc voir le jour à Paris d’ici 2015.

    La tour du renouveau ?

    Forte ! Telle est bien le mot à utiliser lorsque l’on jette un œil au projet que nous ont concocté les Ateliers Jean Nouvel (AJN). Déjà, de par sa masse imposante, un parallélépipède de 301 mètres de haut et de 140 000 m² au total*[5], et de par ses particularités (cubes colorés, façades aux mailles variables) qui attireront les regards comme un aimant, elle permet le rééquilibrage du skyline de La Défense. Et si telle n’est pas sa singularité, les autres projets en compétition y parvenaient également, elle le réalise to4/transports.utefois à merveille et sans doute beaucoup mieux que les autres. D’autant que ces cubes creusés contrebalancent merveilleusement le vide de la Grande Arche dans une composition qui frôle le lyrisme.

    Mais surtout, elle apparaît comme un geste architectural atypique dans le paysage du quartier d’affaires. Certes, le bâtiment ne rompt pas fondamentalement avec la forme classique des tours de très grande hauteur (IGH, pour immeubles) qui demeurent, malgré l’originalité architecturale dont elles peuvent faire preuve, monolithiques et consacrées à des bureaux (le plus souvent), des logements (de haut standing généralement) et/ou des centres commerciaux. Elle innove en revanche car chacune de ses quatre composantes cubiques*[6] est évidée afin d’y loger places publiques, jardins ou encore terrasses de cafés et de restaurants. Ces loggias colorées, pour le moment de bleu, de blanc, de rouge et de vert, seront protégées par d’énormes protections vitrées coulissantes autorisant les ventilations salvatrices et la pénétration des rayons du soleil. Il faudra voir si à la pratique, ces lieux ne se transforment pas en vastes caisses de résonance, difficilement vivables au quotidien, comme le sont souvent les espaces clos ou semi-clos à l’image des passages, la Galleria Umberto Ier à Naples en est un célèbre exemple, ou des phalanstères, comme le familistère de Guise.

    En attendant, on assiste peut-être là aux prémices d’un urbanisme tout en hauteur comme l’a imaginé le cabinet Popular Architecture pour le Londres des années 2020 (je vous en parlais ici – à venir). La tour Signal pourrait alors révolutionner*[7] la conception des futurs gratte-ciel du monde et redonner à4/transports. Paris et sa région la place qu’ils méritent dans ce débat au moment même où la tour en tant que concept apparaît comme tabou en intra-muros et dans le langage des décideurs politiques locaux. D'ailleurs, preuve de cette frilosité, la député-maire UMP de Puteaux, Mme Joëlle CECCALDI-RAYNAUD, commune sur laquelle la tour Signal sera implantée, a immédiatement réagi après l’annonce du 27 mai dernier*[8] en brandissant l’arme du POS (Plan d’occupation des sols) dont la modification est le préalable indispensable à son érection, menaçant du même coût de faire échouer le projet. Ce qui serait, quelque soit la pertinence de ses griefs*[9], absurde puisqu’il s’agit de la décision d’un jury représentant la collectivité, mais surtout dommageable à l’architecture parisienne qui a déjà subi avec la « non-décision » pour les Halles un rude coup ces derniers temps*[10].

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Ce projet bien que lauréat ne verra jamais le jour puisqu’un autre concours concernant le carreau lui-même a été lancé par la mairie de Paris (remporté depuis par BERGER et ANZIUTTI). En somme, le seul geste architectural que MANGIN proposait n’a pas été conservé dans la version définitive. A voir le documentaire de Frédéric BIAMONTI, « Le destin des Halles », durée 52 minutes, production France 5/AMP, 2004.

    [2] La Tour Phare signée NOUVEL, affublée d’un gigantesque écran rotatif à son sommet, a sans doute effrayé les plus conservateurs. Elle incarnait pourtant à merveille l’idée à l’origine du projet, celle d’un phare illuminant le renouveau du premier quartier d’affaires d’Europe.

    [3] Etablissement public pour l’aménagement de la Défense, organisme public chargé de coordonner les projets d’urbanisme dans le quartier de la Défense (plusieurs communes concernées dont Puteaux et Nanterre).

    [4] Dix-huit projets avaient été initialement retenus avant que cinq finalistes ne soient désignés en III/2007 : Ateliers Jean Nouvel ; Foster + Partners Ltd ; Jacques Ferrier Architectures ; Studio Libeskind Architect ; Wilmotte et Associées.

    [5] Pour un coût global estimé pour le moment à plus de 600 millions d’euros.

     [6] Cubes qui accueilleront approximativement chacune une fonction : centre commercial, restaurants, équipements publics au rez-de-chaussée (10 000 m²) ; bureaux (50 000 m²) au second ; un hôtel de 40 000 m² et de plus de trois cents chambres au troisième ; enfin, au sommet, des appartements (33 000 m²).

    [7] Au sens corbuséen du terme « On ne révolutionne pas en révolutionnant, on révolutionne en solutionnant » in Urbanisme, 1924.

    [8] Utilisant les mots de « donjon » et de « monolithe qui écrase tout » pour qualifier la tour de Nouvel, parlant même de « retour au Moyen-âge » (sic).

     [9] Elle a par exemple évoqué, très justement, le manque de mixité sociale du projet.

     [10] L’architecte a tenté de désamorcer ce début de crise en affirmant  « que sa copie n’est pas définitivement écrite »  et en promettant « d’expliquer [à Mme Ceccaldi-Raynaud ndlr] en quoi ce projet est optimiste et humaniste (sic) ».

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    Source photos : tour-signal-ladefense.com

    Version publiée initialement sur PériphériK le 06/VI/2008 ; remise à jour le lundi 07/VI/2010, et que vous pouvez compléter avec l’article « AJN/La Défense : nouvel acte manqué ? »


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  • Nicolas SARKOZY a reçu cette semaine (ndlr, le mercredi 04/VI/2008) à l’Elysée dix architectes, représentant les cabinets les plus côtés du moment et qui avaient été au préalable sélectionnés par le ministère de la Culture. Il leur a confié une mission d’ici à 2009/2010: réfléchir à ce que doit être le Grand Paris, projet phare lancé par le président peu de temps après son arrivée au pouvoir et qu’il aiRéunion Sarkozy-Architectesmerait concrétiser avant son départ afin de le léguer à l’Histoire. A l’image de ce qu’on pu faire ses prédécesseurs avec leurs grands travaux.

    Toutefois, cette question « civilisationnelle » comme aime à le rappeler le président est loin d’être aussi simple que la volonté d’un homme de faire adopter ses vues en matière architecturale sur un projet bien délimité. Car, faut-il déjà savoir ce que l’on entend par Grand-Paris, avant de travailler à son aménagement ? C’est justement ce à quoi devront s’atteler les équipes d’architectes sélectionnées qui devront rendre leur copie pour le premier semestre 2009.

    Néanmoins, certains des protagonistes semblent déjà avoir quelques idées sur la question, et ont pu l’évoquer auprès des journalistes présents au sortir de la réunion de mercredi, ou dans la presse peu de temps après. Roland CASTRO, à l’origine du célébrissime plan Banlieue 89*[1], a ainsi pu évoquer quelques-unes de ses idées chocs comme la délocalisation des ministères en première couronne ou l’aménagement de grands parcs et jardins dans l’actuel « 9-Cube » comme cela s’est fait à l’intérieur de l’enceinte du périph’. Quant à Antoine GRUMBACH, il n’a pas hésité à voir dans la conurbation urbaine qui s’étend du Havre à Paris en passant par Rouen, « une seule ville dont la Seine est la rue » (citation empruntée pour l’occasion à un stratège de premier ordre, Napoléon Ier) et dont il faudra faire un modèle de ville durable.

    En attendant, la volonté présidentielle est bienvenue quand on pense au retard qu’accumule Paris face à ses concurrentes européennes et mondiales, à l’image de Londres, Barcelone ou New-York, sans même évoquer les villes asiatiques. Pénurie de logements, congestion de la circulation automobile et des transports en commun, contraintes et morcellement administratifs contre-productifs, étouffement spatial qui s’accompagne du coup d’un étalement périurbain excessif, perte de vitesse en matière économique, non-renouvellement eLa défenset/ou manque d’adaptation des grands équipements (de congrès par exemple), etc., les problèmes ne manquent pas. L’image internationale de Paris comme ville dynamique s’étiole d’année en année. Et les échecs répétés de la Ville lumière à l’organisation des JO depuis plus de quinze ans maintenant n’en est qu’un exemple. Il ne lui reste plus guère que le tourisme et le renouveau annoncé et amorcé de La Défense pour doper un peu sa vitalité*[2].

    Espérons simplement que les querelles politiques que n’a déjà pas manqué de susciter cette première véritable réunion sur la définition et l’aménagement du Grand-Paris, ne viennent pas une fois encore faire avorter un projet dont la ville et nous tous, Parisiens et Franciliens (mais finalement aussi l’ensemble des Français), avons grand besoin*[3].

    Pour que Paris vaille enfin autre chose qu’une messe ...

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Mission lancée en XI/1983, sous la direction donc de l’architecte Roland CASTRO et de son confrère Michel CANTAL-DUPART, afin de lutter contre l’enclavement des quartiers défavorisés. Dès IV/1986, les crédits affectés à la mission sont gelés par le gouvernement, même si en 1987, la mission lance le concept de projet urbain. Source : chronologie Manière de voir n°89 « Trente ans d’histoire et de révoltes – Banlieues » (X-XI/2006), HS Le monde diplomatique.

    [2] Comme le montre la photographie ci-dessus de la rénovation  des tours Axa (à gauche) en cours et Gan (à droite) à peine débutée. Cliché personnel pris sur l'une des passerelles de La Défense, le samedi 10/X/2009.

    [3] Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, non invité lors de ce premier rendez-vous, ayant parlé de « simple opération de communication ».

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    Photographie en-tête : sortie de la réunion et pose des équipes d’architectes avec la ministre de la culture, Mme Christine ALBANEL, et le secrétaire d’Etat à la région capitale, M. Christian BLANC. Source : elysée.fr.

    Article datant du 06/VI/2008. Evidemment, depuis cette date, le projet de loi a été adopté et la déception est, derechef, au rendez-vous, consulter « Grand-Paris : le projet qui a fait pschitt ».


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