• Ich bin ein Rueillois.

    Il flotte depuis le début de l’année 2008 comme un air de guerre froide à Rueil-Malmaison, une  commune du département des Hauts-de-Seine. En effet, on se croirait presque revenu en VIII/1961 en plein cœur de la capitale de la défunte RDA, puisqu’un mur de béton de quatre mètres de hauMur de Rueil-Malmaison.t s’y construit le long de l’avenue de la Fouilleuse, entre d’un côté une avenue commerçante et de l’autre la cité HLM éponyme.

    Il ne s’agit finalement pas d’une réelle nouveauté dans nos sociétés. L’érection de murs ou barrières en tout genre pour séparer des communautés a même finalement toujours existé (oppidums de l’empire romain, villes fortifiées du Moyen-âge occidental, etc.). Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’ampleur du phénomène et sa radicalisation, notamment dans les villes. Dans les pays anglo-saxons, on parle de « gated communities », des lotissements clôturés qui séparent (protègent disent ses partisans) leurs habitants, le plus souvent favorisés, du reste de la société. Ce sont en réalité de véritables villes dans la ville avec leurs enceintes infranchissables, leurs services de sécurité impressionnants, leurs règles, leurs « persona non grata », etc. On estime, selon les sources, qu’environ 10 à 18 millions d’Américains vivraient dans de tels quartiers à l’accès sécurisé, soit entre 3 et 5 % de la population totale des Etats-Unis*[1]. Sun City en Arizona en est sans doute le plus célèbre exemple (réservé exclusivement aux plus de 55 ans), mais il est loin d’être esseulé. Voici une liste de quelques noms qui vous diront sans doute quelque chose : Canyon Lake ou Laguna Woods en Californie, devenues de véritables communes par sécessionnisme ; la villa Montmorency à Paris , dans le XVIe arrondissement ; Weston en Floride ; les villes de Disney (Celebration encore en Floride ou Marne-la-Vallée en région parisienne), dérivées du projet Epcot voulu par le fondateur*[2] ; et de nombreuses autres à travers le monde, et notamment dans les pays en développeSablier riches-pauvres.ment où la fracture sociale est béante (Afrique du Sud, Brésil, Colombie, etc.).

    La France n’est donc pas épargnée par ce triste urbanisme de l’exclusion. Un autre exemple récent, dans le Nord-Pas-de-Calais cette fois, en témoigne encore. En effet, en 2002, une barrière métallique de deux mètres de hauteur a été construite afin de séparer un quartier de Douai de la petite ville de Cuincy. Il s’agissait en fait de renvoyer dos à dos un quartier HLM avec ses incivilités et ses nuisances diverses (notamment sonores) et une petite ville plutôt tranquille.

    L’exemple de Rueil-Malmaison n’est donc guère original. Ce qui peut choquer davantage, c’est que la question s’institutionnalise et que l’on tente de la faire passer pour une entreprise de rénovation urbaine (sic). Car, c’est bien la ville et le bailleur social, France Habitation, qui sont à l’origine du projet. Et pour le faire accepter aux habitants médusés qui se voient déjà vivre dans un véritable « camp », on parle de végétaliser le mur : « A terme, il […] offrira une vue beaucoup plus attrayante que ce béton gris et froid » promet-on à la mairie ! Comme si rendre ce morceau de béton plus « vert » et moins agressif visuellement pour les passants et les riverains pouvait faire passer la pilule. Alors qu’il ne vise rien de moins qu’à rassurer des populations favorisées contre d’autres qui le sont moins.

    Autrefois, les Romains ont érigé le limès pour se protéger des hordes barbares, les Chinois, eux, ont construit leur Grande Muraille pour se prémunir des attaques mongoles, désormais, les plus favorisés construisent des murs dans nos villes contre les sauvageons des quartiers défavorisés qu’ils ne parviennent pas, ou pas assez, à « karchériser ».

    Comme politique urbaine ambitieuse, on a vu mieux…

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] DEGOUTIN (Stéphane), Prisonniers volontaires du rêve américain, Paris, Editions de la Villette, 2006, p.31 ; et article du journal Le Monde (2005).

    [2] Le projet Epcot ou Experimental prototype community of tomorrow (Prototype expérimental d’une communauté du futur) a germé dans la tête de Walt Disney pendant les années 1950 et devait aboutir à la fondation d’une ville planifiée et contrôlée par le géant américain du divertissement. Toutefois, le projet n’a pas abouti et s’est mué en simple parc d’attractions. Même si l’idée fut reprise en 1994 avec la création de la ville de Celebration en Floride et depuis avec celle de Marne-la-Vallée dans l’est parisien.

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    Une vidéo sur le sujet est disponible à cette adresse.

    Sources : « Voyages à travers les forteresses des riches » in lemonde-diplomatique.fr (article de 2002) ; « Rueil : autour de la cité, le mur de la honte… ou du renouveau » in rue89.fr (article du 06/VIII/2008) ; « Le mur de la discorde » in leparisien.fr (le site du moniteur a également relayé l'information) ; « Wall City » dossier réalisé par le site transit-city (montage sablier riches/pauvres et photo issue de ce dossier téléchargeable ici) ;

    Pour aller plus loin : à lire l’excellent ouvrage de DEGOUTIN (Stéphane), Prisonniers volontaires du rêve américain, Paris, Editions de la Villette, 2006, 399 p.

    Nouvelle version du vendredi 11/VI/2010.


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  • Commentaires

    1
    Bob
    Samedi 4 Novembre 2023 à 11:26
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    Il y a 3 heures
    เมื่อพูดถึงวัฒนธรรมไทย.
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