• Hydroliennes à Paris : idée à contre-courant ?

             L’écologie et le développement durable jouent et joueront sans doute à l’avenir un rôle de plus en plus important dans nos vies et dans nos villes. Au point d’impacter les normes de construction, d’influencer (contraindre ?) les architectes, les urbanistes, les paysagistes, les décideurs publics, et de modifier nos comportements et nos rapports avec l’espace urbain.

    Plusieurs exemples récents en témoignent qu’ils visent à densifier la ville, à purifier son air, à créer un ersatz d’agriculture urbaine (je vous en parlais ici), ou à y produire de l’énergie propre. La semaine dernière, c’était au tour de la mairie de ParisEoliennes Belleville. d’annoncer, de confirmer serait plus approprié, son ambition en la matière. En effet, après les mini-éoliennes installées dans le parc de Belleville (c.f ci-contre), sur la maison de l’air, après la volonté de rendre à la nature les berges de la Seine (au moins en partie), l’idée est, cette fois, de s’équiper d’hydroliennes pour utiliser l’énergie cinétique du cours d’eau parisien afin de produire de l’électricité. Alors, hydroliennes en Seine, pale d’or ou pale de plomb 2011 ?

                Contrairement à ce que nombre de Parisiens et Franciliens croient, la Seine demeure une source majeure d’approvisionnement en eau de la capitale. Ce qui paraît être une évidence quand on parle nettoyage des rues ou drainage des égouts, le devient beaucoup moins quand on évoque la consommation domestique. Et pourtant, la moitié des 550 000 m3 consommés quotidiennement par les habitants de la capitale est bien issue de la Seine*[1]. Et n’oublions pas non plus qu’il n’y a pas si longtemps, on s’y baignait, on y lavait son linge, et elle servait également grandement à toutes les activités disséminées sur tout son parcours parisien et francilien. Ce qui a d’ailleurs sans doute précipité sa perte, la pollution engendrée la condamnant à n’être plus qu’un merveilleux décor naturel pour la « Ville Lumière »*[2].

    La situation pourrait bien changer dans les années à venir si on en croit le projet révélé la semaine dernière par la mairie de Paris qui vise à équiper la capitale d’ici 2011 d’hydroliennes capables de produire de l’énergie. Huit seraient prévues dans un premier temps, réparties autour de quatre lieux emblématiques de la capitale, à raison de deux hydroliennes par site retenu : le pont au Change dans le Ier arrondissement (entre l’île de la Cité et Châtelet) ; l’axe voisin constitué par les ponts Marie et de la Tournelle entre les deux rives et l’île Saint-Louis ; et enfin, plus excentré, le pont du Garigliano dans l’ouest parisien. Des choix savamment étudiHydroliennes.és puisqu’à ces endroits, « le courant s’accélère légèrement » (dixit Denis BAUPIN, élu vert de la capitale, interrogé par le journal Le parisien).

    Ce que contestent déjà les opposants au projet qui ne l’estiment pas viable pour la capitale, le débit de la Seine étant beaucoup trop lent, de l’ordre de 1 mètre/s au mieux, alors qu’il en faudrait facilement le triple pour que la production soit intéressante. Si mes souvenirs sont bons, il n’y a pas si longtemps, certains prédisaient un destin similaire au vélib’, on a vu le résultat. Néanmoins, il est vrai qu’ici la situation est bien différente. Il faut en effet que les hydroliennes ne soient pas un gouffre financier (sans parler du risque d’échec technique) tout en couvrant une partie même infime des besoins énergétiques des Parisiens. Dans le cas contraire, le pari serait perdu. Problème de rentabilité qui ne se posait guère pour le vélo libre-service à Paris, le prestataire (dans le cas parisien, l’entreprise J-C. DECAUX) assumant seule les coûts (fournitures, maintenance, remplacements, etc.).

    D’ailleurs, du côté de la mairie et pour éviter toutes contestations, on espère bien réitérer avec le projet hydroliennes l’expérience vélib’, en confiant le financement de l’opération au futur prestataire dont le nom sera connu début 2011. Les premières pales devant, elles, commencer leur rotation au cours de l’été suivant. Et on anticipe même un éventuel échec en avouant qu’il s’agit surtout d’éveiller la conscience écolo des Parisiens.

    En tout cas, ce projet démontre à quel point la ville (prise globalement) entend bien se repenser pour aborder les défis environnementaux du siècle à venir. Ce qui fait écho à un autre projet qu’ont récemment proposé de jeunes designers et architectes transalpins : la plate-forme/roue aquatique capable de produire de l’énergie, dénommée WaterWheelGate.

    Cette idée, qui leur a d’ailleurs permis de remporter l’Award Mini-Design 2008, Giacomo SANNA et Alessandra SCARDAONI l’ont eu en répondant au thème de la quatrième édition du concours de l’université de Rome qui était de « re-donner de la valeur à l’eau ».

    Ce qui, dans leurs esprits créatifs, s’est traduit par une réinterprétation contemporaine, citadine et ludique de nos antiques moulins à eau, à travers l’installation dans nos villes de plate-forme flexibles munies d’une roue (qui fait égalemeWaterWheelGate.nt office de porte d’entrée) capable de produire de l’énergie grâce à la force aquatique. Idée d’autant plus ingénieuse qu’ils y ont concrètement associé les citadins qui les utiliseront et les paieront. Et comment mieux les sensibiliser qu’avec une expérience ludique. C’est ainsi que le centre de leur plate-forme devient bar, restaurant, salle de gym à ciel ouvert, cinéma, et accueille un gigantesque compteur de kilowatts/h afin de les informer de la production énergétique de leur structure à un instant « t ».

    L’eau est ainsi valorisée en tant que ressource naturelle et renouvelable d’énergie, et cela permet, selon leurs propres mots,WaterWheelGate. « de rétablir un rapport entre la ville et l’eau et entre elle, sa valeur et l’homme ».  En tout cas, l’idée est indéniablement intéressante, même s’il paraît bien improbable de couvrir totalement les besoins énergétiques de nos grandes métropoles avec ces simples installations semi-aquatiques, ou alors faudra t-il y sacrifier tous nos cours d’eau (et encore, même dans ce cas, rien est moins sûr).

     

    Au final, que ces deux expériences soient couronnées de succès ou sombrent dans l’oubli, peu importe, elles confirment surtout la volonté de réappropriation, de redécouverte et de ré-utilisation par la plupart des grandes villes du monde de leur environnement naturel immédiat.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Après traitement évidemment dans l’une des usines de traitement des eaux souterraines et/ou de surface de la région, comme celle d’Orly ou de Joinville. Source : eaudeparis.fr.

    [2] D’autres cours d’eau n’ayant même pas eu cette chance. Je pense à la Bièvre qui a fini par être couverte sur la majeure partie de son tracé (totalement dans Paris à partir de 1912), victime de la pollution de ses riverains (tanneurs, teinturiers, etc.). Même si on parle aujourd’hui de la re-découvrir en intra-muros. A ce sujet, lire l’excellent ouvrage de GAGNEUX (Renaud) et ANCKAERT (Jean), Sur les traces de la Bièvre parisienne, promenade au fil d’une rivière disparue, Paris, Parigramme, 2002, 158 p.

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    Vidéo de présentation du WaterWheelGate suivi d’une interview (en italien) des lauréats du concours 2008 :

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    Sources (italiennes et françaises) : lemonde.fr ; leparisien.fr ; architteturaedesign.it ; minidesignaward.it ; batiactu.fr ; eaudeparis.fr.


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  • Commentaires

    1
    garanceee
    Mardi 29 Avril 2014 à 16:24

    interressant, cool...^^

    2
    Mardi 3 Février 2015 à 16:02

    très bon article.

    3
    Mardi 3 Février 2015 à 16:15

    dommage que le site semble abandonné, il était plutôt intéressant.

    4
    Admin
    Mercredi 4 Février 2015 à 19:06

    Merci pour vos commentaires. Pour vous répondre, le site n'est pas abandonné mais laissé en jachère en raison de l'écriture d'un livre. J'espère pouvoir m'y remettre d'ici moins d'un an.  

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