• Gillet a droit de "Cité" à Chaillot.

    Pour les expos aussi, c’est la rentrée ! Et ça tombe bien, au vu du programme de ces derniers temps en divers endroits de la capitale. Du « Grand Paris » à la scénographie abominable (Cité de l’architecturePavillon de l'arsenal. et du patrimoine, jusque fin novembre), à la « Tour européenne » collection de maquettes et de plans en coupe (ci-contre, au Pavillon de l’arsenal, même si c’est parfois joli à regarder) pour ne citer que les deux plus calamiteuses. Et encore n’insisterai-je pas davantage sur « Vers de nouveaux logements sociaux » (toujours à la Cité, jusqu’en VI/2010) qui peut au moins vous occuper cinq/dix minutes, si vous n’êtes pas claustrophobe, et si vous arrivez à lire l’ensemble des panneaux présentés (à moins que vous ne perdiez la vue avant)..

    La première nouveauté sous le soleil de cette rentrée vient d’être inaugurée à Chaillot : il s’agit de la petite, mais néanmoins intéressante, exposition sur l’architecte français Guillaume GILLET, sous-titrée « un architecte des Trente glorieuses ». Celle-ci nous présente, dans la très belle galerie des peintures murales et des vitraux, les réalisations et projets non réalisés de cet architecte méconnu du grand public et qui nous a poAffiche expo Cité.urtant laissé quelques œuvres caractéristiques de l’après-guerre.

    De très belles maquettes et de somptueux croquis et dessins de l’architecte nous tiennent en haleine dans une ambiance feutrée des plus agréables, et nous présentent entre autres Notre-Dame de Royan, le pavillon français de l’expo universelle de 1958 (qui vous accueille à l’entrée), ou bien encore l’école de la magistrature de Bordeaux. Certes, cela manque un peu de textes, et heureusement que l’on trouve une vidéo*[1] sur le site de la Cité qui nous dévoile son visage, car on n’y trouve guère de photographies le montrant en action (à son bureau, sur le terrain, etc.). Quant aux questions suscitées par son travail, aux grands débats qui ont animé et qui animent toujours l’architecture de ces années, n’y comptez même pas. Vous êtes à la Cité de l’architecture quand même ! ! !

    Pour faire court, Guillaume GILLET est né le 20/XI/1912 à Châalis, dans l’Oise, au sein d’une famille culturellement aisée*[2]. Et c’est donc tout naturellement qu’il entre à l’école des Beaux-Arts en 1929*[3], où il suit passionnément les enseignements de quelques-uns des grands noms de son époque, tels que Auguste PERRET ou Emmanuel PONTREMOLI. Passionné d’art, de peinture (on lui doit quelques très belles vues de Paris et de paysages d’Orient notamment), il choisit néanmoins l’architecture et obtient son diplôme à la veille du second confPavillon français 1958.lit mondial qui le happe comme toute sa génération. Détenu comme nombre d’officiers en Allemagne, il attend la libération pour reprendre sa carrière.  Et comment la reprendre mieux qu’en obtenant le premier Grand Prix de Rome en 1946. Tout s’accélère alors, d’autant que la France en pleine reconstruction se lance dans une ambitieuse politique étatique de grands travaux et de grandes opérations urbanistiques. C’est ainsi qu’il accepte de réaliser la magnifique église Notre-Dame de Royan (entre VII/1955 et VII/1958) où ses cendres furent déposées, selon sa volonté, après son décès en 1987. Evidemment, après la construction de ce véritable chef-d’œuvre, il est appelé sur de nombreux chantiers hexagonaux et réalise quelques très beaux édifices, comme une église à Soissons dans l’Aisne. Couronnement de sa carrière, il est appelé à concevoir le pavillon français pour l’exposition universelle de 1958 qui se tient à Bruxelles, dont vous pouvez observer, de façon pérenne, la maquette à la Cité (deuxième étage). Il s’agit d’un bâtiment à la forme audacieuse dont la flèche élancée semble comme indiquer au monde que la France sûre d’elle-même et de ses valeurs est de retour sur la Porte Maillotscène internationale après le désastre de 1940 (et alors même que la IVe République vacille puis chute dramatiquement). Guillaume GILLET réalise encore quelques grandes opérations, notamment publiques : grands ensembles à Roubaix ou à Marseille, la Porte Maillot à Paris (l’hôtel Concorde/Lafayette et le palais, profondément remanié depuis), maisons d’arrêt, etc.  Il s’éteint le 23/IX/1987 à Paris, et repose aujourd’hui (et depuis 1996) au sein de Notre-Dame de Royan.

    Pour tout cela, ne manquez pas l’exposition qui se tient à la Cité de l’architecture et du patrimoine jusqu’au 13/XII prochain (entrée comprise dans le billet d’accès au musée). Même si elle s’avère modeste, elle rend hommage à un architecte engagé, innovant dans son utilisation de matériaux désormais familiers de ses contemporains (acier, verre, et surtout béton) et qui reste encore largement méconnu.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Il s’agit de la vidéo de l’interview de Rose GILLET, sa femme, qui présente rapidement son œuvre. Elle ne dure pas 35 mins, mais bien 27, un bug étant intervenu apparemment à la fin de la vidéo.

    [2] Son père, Louis GILLET, était historien d’art et conservateur, tandis que son grand-père maternel, René DOUMIC, était secrétaire perpétuel de l’académie française.

    [3] Il fut également élu en 1968 membre à vie de l’académie des Beaux-Arts.

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    Sources : « Le petit journal de la Cité », n°9, IX/09 ; notre-dame-de-royan.com.

    Crédits photos et vidéo : citechaillot.fr.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 3 Février 2015 à 16:08

    article très instructif, merci.

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