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     « Nous sommes en 2010 après Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par la racaille et les pauvres... Toute ? Non ! Un  village d’irréductibles classes moyennes supérieures et de cadres résiste encore et toujours à la chienlit. Et la vie n’est pas facile pour les voyous des cités délabrées et délaissées de Clichy, Meaux, Créteil et Corbeil… »

    C’est ainsi que l’histoire pourrait commencer. Et pour beaucoup, c’est même ainsi qu’elle s’écrit de plus en plus au pays d’Astérix, dont vous aurez évidemment remarqué le clin d’œil avec cette courte introduction abusivement subjective.

    En effet, la semaine dernière (ndlr – mardi 14 septembre 2010), la multinationale du divertissement américaine, la Walt Disney Company, et l’Etat ont signé une prorogation de treize ans de la convention qui les lie dans l’est parisien depuis 1987, et qui devait s’achever initialement en 2017. Un nouveau Disneyland Affiche.partenariat qui vient confirmer, et même considérablement amplifier, certaines clauses du précédent. Faisant resurgir du même coup le spectre d’une libéralisation/privatisation totale de la ville à quelques encablures seulement de la capitale.

    Car, plus qu’à un mariage d’égal à égal, c’est davantage à la signature d’un néo blanc-seing en faveur des saltimbanques US que nous venons d’assister. Dans l’indifférence quasi générale et alors que l’empire yankee et son interprétation de l’american way of life ont déjà ravagé une partie de la Seine-et-Marne depuis vingt ans.

    Je ne parle évidemment pas des deux parcs d’attractions dont on ne peut contester aujourd’hui l’impact plutôt positif sur l’emploi ou l’image de la région. Après tout, entre 12 et 15 millions d’entrées y sont enregistrées chaque année (source : insee.fr). Quant au « Tchernobyl culturel » dénoncé il y a vingt ans par Ariane MNOUCHKINE, co-fondatrice du Théâtre du Soleil, il semble maintenant bien loin. Jeunes et vieux, autochtones et touristes, élites et France d’en-bas se côtoient désormais allégrement et sans remords dans le monde merveilleux de Disney.

    Ce qui pose davantage de problèmes, c’est la mainmise exercée par la firme nord-américaine sur une grande partie de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, le secteur IV précisément*[1]. Avec le consentement bienveillant des dirigeants loCarte Marne la Vallée.caux, régionaux et de l’Etat, à court d’idées tout autant que d’argent. Et l’avenant de cette semaine vient encore conforter cette grande latitude d’action des laborantins de chez Mickey en matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire sur cette zone de l’Ile-de-France. Et même bien au-delà, puisque le périmètre désormais concerné par la nouvelle convention a été étendue de 1 900 ha à plus de 2 200.

    Traduction : on connaissait déjà depuis vingt ans le Val-d’Europe avec son architecture kitsch et pastiche, ses habitants plutôt privilégiés, sa centralité consumériste*[2], en somme son urbanisme post-providentialiste*[3]. Désormais, il faudra s’habituer dans les années futures au stade supérieur de l’anti-ville. En effet, associée au groupe touristico-immobilier de masse Pierre & Vacances/Center Parks, la Disney Company envisage la création ex-nihilo de villages (auxquelles pourrait même s’ajouter un troisième parc !), établis autour de principes urbanistiques et sociétaux qui échapperont totalement au contrôle de l’aménageur public. La loi SRU (ndlr – celle qui impose à chaque commune de consacrer au parc social au moins 20 % de ses logements) n’y sera sans doute pas la bienvenue, tout comme du reste au Val-d’Europe depuis l’origine, même si la firme annonce sur les 20 000 logements permanents à édifier, un tiers de sociaux (source : challenges.fr des 14 et 15/IX, ici). A suivre !

    Les arguments des opposants au « tout Mickey » pourraient capitaliser sur ces thématiques pour attiser la mobilisation. Mais, dans un monde où l’individualisme prime et où l’ultralibéralisme a triomphé, celle-ci devient bien difficile. Peut-être plus encore dans un pays où le président avait justement choisi le monde merveilleux de Mickey pour médiatiser sa nouvelle relation sentimentale.

    Evidemment, ce sont surtout les promesses d’investissements considérables, autour de deux milliards d’€ (mais on évoque le chiffre de huit milliards à terme – source : lenouvelobs.com du 15/IX), et les créations promises d’emplois (jusqu’à 70 000) qui sont alléchantes pour un pays en panne de croissance. Même si la firme étatsunienne démontre ici son adresse en la matière puisqu’elle incorpore dans ce chiffre les emplois directs évidemment, mais aussi indirects et induits. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Mais, ceux qui pourraient relever le subterfuge, à savoir nos dirigeants, n’ont sans doute pas l’intelligence d’Ulysse et ses compagnons et se laissent in fine tenter par le chant des sirènes…

    Pire même, puisqu’en sus des concessions accordées, le conseil général de Seine-et-Marne d’abord, avant le conseil régional d’Ile-de-France où l’unanimité a prévalu entre tous les partis politiques, excepté les Verts, se sont engagés à divers aménagements en faveur de la compagnie américaine. Prolongement d’Eole (Rer E) que l’on attend pourtant davantage à l’ouest de Paris ; construction de nouveaux accès autoroutiers (A4) en pleine forêt de Seine-et-Marne, qu’il est loin le Grenelle de l’environnement, et diverses créations ou extensions de lignes de transport, les 600 000 usagers quotidiens qui s’entassent dans les rames d’une ligne 13 au bord de l’explosion apprécieront le geste… Les premiers coups de pioches sont, eux, annoncés pour 2015.

    Le banquet aura alors peut-être bien lieu au village, mais dans le rôle du barde muselé tenu à l’écart de la fête, Assurancetourix, on pourrait bien y retrouver l’Etat français, c’est-à-dire nous.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Elle est l’une des cinq villes nouvelles de la région parisienne, créées à partir de 1965, avec Cergy-Pontoise, Melun-Sénart (qui deviendra Sénart), Evry et Saint-Quentin-en-Yvelines. Composée de trois, puis quatre secteurs (Porte de Paris, Val Maubuée, Val de Bussy et le petit dernier le Val d’Europe), elle regroupe vingt-six communes (liste exhaustive sur le site du département de la Seine-et-Marne, ici). Elle regroupait en 2007 environ 250 000 habitants, dont 12 000 pour les cinq communes (Chessy, Serris, Magny-le-Hongre, Coupvray et Bailly-Romainvilliers) du secteur IV.

    [2] Je parle évidemment du centre commercial du secteur IV construit dans un pur style pastiche « baltardien XIXe». Espérons que les générations futures ne se feront pas une idée des pavillons de BALTARD, les vrais, à partir de cette abominable copie.

    [3] Excellemment mis en évidence par le journaliste Hacène BELMESSOUS dans son petit opuscule « Le nouveau bonheur français ou le monde selon Disney » aux éditions de l’Atalante, sorti en 2009.

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    Sources : BELMESSOUS (Hacène), Le nouveau bonheur français ou le monde selon Disney, Editions de l’Altalante, Nantes, 2009, 155 p. ; insee.fr ; la-seine-et-marne.com ; lenouvelobs.com ; challenges.fr ; leparisien.fr ; wikipedia.org.

    Merci à Raphaëlle, Lorène, Yann et Julien pour les corrections qu’ils ont apportées à cet article. 


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  • Les jeux olympiques de Pékin n’étaient pas encore achevés que l’on se demandait déjà ce que l’on allait bien pouvoir faire de lui. Lui, c’est le magnifique stade de la capitale chinoise, appelé le « Nid d’oiseau » (c.f ci-dessous), et conçu par les architectes suisses Jacques HERZOG et Pierre De MEURON. Etant donné les coups d’entretien annuels estimés à sept millions d’€*[1], et alors qu’aNid d'oiseau de Pékin.ucune activité pérenne n’y était prévue, plusieurs voix s’élevèrent pour réclamer sa destruction.

    Il s’agit finalement d’une question récurrente après l’organisation de tels évènements sportifs : que faire en effet, une fois ceux-ci achevés, de toutes les infrastructures édifiées et dont le coût d’entretien se justifie difficilement auprès des contribuables? Les Grecs peuvent en témoigner, eux qui paient toujours à l’heure actuelle l’organisation des jeux olympiques à Athènes en 2004 (vélodrome ci-dessous), et pour quelques années, voire décennies, encore*[2]. Quant aux Français, ils ne sont pas en reste et peuvent aisément citer ce que leur coûte annuellement le Stade de France de Saint-Denis, construit pour la coupe du monde de football de 1998. D’autant plus que, contrairement aux déclarations faîtes à l’époque et qui avaient, en partie, justifié son maintien dans le tissu urbain dionysien, cette enceinte sportive n’a pas trouvé de club résident. Le Paris Saint-Germain ayant décliné la proposition au terme de la saison 1997/98. L’Etat doit donc débourser, chaque année et ce depuis plus de dix ans, entre 7 et 8 millions d’€ pour indemniser le consortium chargé de l’exploiter*[3].Vélodrome Athènes JO2004.

    Jusqu’à présent, seule une solution radicale permettait de rompre avec cette spirale du gaspillage : la destruction pure et simple de l’infrastructure une fois la manifestation achevée. Privilégiée par les Nord-Américains, cette procédure n’avait guère la côte sur le vieux continent. Les Italiens et les Anglais ont peut-être trouvé la solution miracle : reconvertir ces mastodontes déchus et dévoreurs de crédits en nouveau lieu de divertissements et/ou en logements de haut-standing. Même si cela passe pas de lourds investissements, de profonds remaniements structurels et même si leurs nouvelles activités sont désormais aux antipodes de leurs fonctions d’origine. Les Britanniques sont déjà passés à l’action avec la transformation réussie du l’ancien stade du club de foot d’Arsenal, Highbury. Quant à nos amis transalpins, ils comptent bien tenter l’expérience avec l’ancien vélodrome olympique de Rome, vieux de 40 ans.

    UNE GOUTTE POUR NE PAS PRENDRE L'EAU.

    Construit par le Comité national olympique italien, le CONI, à l’occasion des JO de 1960, sur les plans des architectes Cesare LIGINI, Dagoberto ORTENSI et Silvano RICCI, le vélodrome olympique de Rome a connu, depuis son inauguration, quelques déboires. Ainsi, en avril 1960*[4], plusieurs fissures sont relevées sur la structure du bâtiment. Ce qui précipite immédiatement de lourds trVélodrome Athènes JO2004.avaux de rénovation, notamment en vue des mondiaux de cyclisme organisés par l’Italie en 1968. Certes réussie, cette campagne de restructuration ne parvient tout de même pas à en faire un haut lieu du sport romain, en raison de sa trop grande fragilité structurelle. De fait, seules quelques activités se maintiennent sur le site, en l’absence de public évidemment. Finalement, le CONI, ayant de nouveau constaté son état avancé de délabrement, décide de sa fermeture complète et définitive en 1997.

    Se pose alors très rapidement la question de son avenir qui s’écrit plutôt sombrement à ce moment précis. Mais, une alternative à la destruction semble se dessiner avec le rachat, en 2002, de l’ensemble du site par la société EUR S.p.a.*[5]. Celle-ci, désireuse de rentabiliser au plus vite son investissement, lance l’année suivante une consultation en vue de transformer le stade, alors exclusivement dédié au sport, en un site consacré à une multitude d’activités récréatives, de détente et de divertissement. Après plusieurs années d’études et un concours lancé officiellement en 2007, la destruction de la structure transversale le 24/VII/2008, en présence du préfetDestruction partielle du vélodrome. de Rome, inaugure de façon polémique la campagne de reconversion (photographie ci-contre).

    Cette dernière qui devait s’achever au mieux en 2014 (calendrier évidemment d’avant-crise), se décomposera en deux phases : la phase A qui prévoit l’aménagement des activités sportives, récréatives, de fitness et de bien-être ; la phase B qui s’attaque aux fonctions privées et publics, comme l’édification de logements, de jardins, de ludothèques ou d’écoles. On parle même de centres pour personnes âgées. Afin de ne pas ajouter encore de l’amertume à la colère*[6], la silhouette discrète de l’ancienne enceinte doit être conservée et le futur complexe s’ouvrir aux riverains. Ce qui passe par la conservation de la forme curviligne de l’ancien gradin, par l’aménagement de chemins piétonniers circulaires, et par un accès au plus grand nombre des infrastructures à édifier.

    Le véritable symbole de cette future « cité de l’eau » est la touche architecturale représentée par la très belle « Goccia » (montage ci-dessous), la goutte en italien, qui au sein de l’ensemble abrite les activités aquatiques du complexe. Comme pour certaines aires sportives récentes*[7], une partie de cette couverture est rétractable afin d’adapter les activités selon la saison. Cette « Goutte d’eau tombée du ciel », selon les mots de ses créateurs, dessert également l’ensemble des espaces du site qu’ils soient de services, commerciaux ou de relaxation comme les saunas par exemple. Ecologiquement compatible, la « goccia » est également dotée de nombreux panneaux photovoltaïques lui apportant une partie de l’énergie nécessaire à son fonctionnement quotidien.

    Les zones extérieures de l’ancien vélodrome, encerclant la goutte d’eau, doivent, elles, être consacrées aux espaces verts, Goccia de la Cité de l'eau.à des jardins publics et parsemées de multiples lieux consacrés aux activités sportives, à des parcours de bien-être, de fitness. On évoque également l’aménagement d’espaces de jeux pour les enfants. Le tout, on l’a dit, étant entouré de chemins et rues circulaires desservant l’ensemble des bâtiments et lieux publics (écoles, ludothèques, etc.).

    La « Città dell’acqua » apparaît donc comme une astucieuse alternative à la destruction de cette ancienne, tout autant qu’éphémère, gloire du sport. D’autant plus intéressante qu’elle sera sans doute généreuse sur le plan des services offerts et des infrastructures créées, ce dont raffole notre société touristique et tertiaire. Même si rien n’est encore concrètement sorti de terre pour le moment. Ce qui n’est pas le cas avec un second projet de réhabilitation d’une ex-arène sportive, Highbury, que les Britanniques viennent tout juste de transformer en … complexe immobilier !

    HIGHBURY SQUARE : UN ARSENAL DE BONNES IDEES !

                La reconversion du stade mythique des Gunners si elle s’inscrit bien dans la même logique, n’en est pas moins intervenue dans un tout autre contexte.

    En effet, il ne s’agissait pas ici de panser des plaies ou de traiter l’urgence, car Highbury n’a jamais cessé son activité deStade Highbury.puis son inauguration en septembre 1913. Et c’est sans accrocs qu’il a traversé le siècle*[8] devenant même le jardin dans lequel Arsenal s’est hissé au sommet du football anglais et européen. Mais, lorsque la décision est prise de doter le club d’une enceinte moderne et adaptée aux exigences du foot et du public d’aujourd’hui (loges, services personnalisés, placeHighbury square.s assises et confortables, parkings, terrains d’entraînement, bureaux pour l’administration du club, etc.), s’est très vite posée la question du devenir du site utilisé jusqu’alors par l’équipe londonienne. Et plutôt que de tout raser, action de toute façon inenvisageable en raison notamment du classement des façades art-déco, on en est rapidement arrivé à la conclusion qu’une ré-adaptation des tribunes en logements de haut-standing permettait de résoudre les problèmes de coûts d’entretien, et apportait de surcroît une partie des financements nécessaires à la construction du nouveau stade*[9]. Métamorphose facilitée il est vrai par le statut de l’enceinte, propriété du club d’Arsenal. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres villes du continent, à l’image bien sûr du Parc des Princes qui appartient à la Ville de Paris, au grand dam des dirigeants du club de la capitale.

    Dès lors, le complexe immobilier HigHighbury square.hbury Square succédait au stade de foot d’Highbury, après un dernier match de championnat victorieux le 06/V/2006 (Arsenal 4-2 Wigan). Vu la configuration du lieu, il était aisé d’imaginer ce à quoi il allait ressembler. Une cour centrale arborée, aménagée sur l’ancien terrain de jeu, encadrée par quatre petits immeubles nés des travées du stade dans lesquelles sont aménagés plus de 700 appartements proposés entre 250 000 et 300 000 £ (soit entre 300 000 et 360 000 €). Plusieurs légendes du club se sont déjà laissé tenter, le frenchy Robert PIRES est de ceux-là. Certains supporters auroHighbury square.nt peut-être même la chance de les croiser en dénichant, de façon plus abordable, un des soixante-dix logements sociaux qui ont également été édifiés au sein du complexe.

    En tout cas, signe du succès de l’opération de réhabilitation (même si la crise économique a quelque peu ralenti les ventes), nombreux sont les riverains ou les anciens habitués du stade qui en parlent toujours comme d’un lieu mythique et en terme purement footballistique. Preuve que la transformation s’est faite en douceur. Arsène WENGER, indéboulonnable « coach » des Gunners  (depuis 1996 !) en a ainsi dit : « En revenant ici, on voit bien que c’était un terrain de foot […] il y a des choses qui vous rappellent quand même ce qu’a été ce club ici ». What Else ! comme dirait l’autre.

    Alors que Londres attend impatiemment les JO2012, la capitale britannique peut d’ores et déjà rassurée les détracteurs de la manifestation (et les investisseurs) en leur promettant de telles réhabilitations pour ses futures installations olympiques.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] La construction du « Nid d’oiseau » a coûté 400 millions d’€ ; son réaménagement est d’ores et déjà  prévu et devrait coûter 30 millions d’€ supplémentaires ; chiffres in lemonde.fr du 18/VIII/08.

    [2] Les coûts d’entretien des infrastructures athéniennes s’élevaient, selon le sitebatiweb.com, à 57 millions d’€ par an en 2006. Et si le gouvernement grec avait tout de même promis de les porter à 37 millions par an, c’était avant l’arrivée de la crise en 2009.

    [3] Rapports de la commission des finances du Sénat - Jeudi 25/X/2007. Consultable sur le site du Sénat.

    [4] Son inauguration date du 30/IV/1960 !

    [5] Il s’agit d’une société contrôlée à 90 % par le ministère de l’économie et des finances italien et à 10 %  par la ville de Rome, et qui s’occupe de la gestion et de la valorisation de patrimoines mobiliers et immobiliers.

    [6] Les habitants du quartier de l’EUR (prononcez é-ou-ré), quartier dans lequel fut édifiée l’enceinte et qui lui, fut construit à partir des années 1930 par l’Italie fasciste dans l’optique d’accueillir l’exposition universelle de 1942, désiraient plutôt une reconversion sportive et davantage ancrée localement. Ils s’appuyaient notamment sur une étude de 2005 du département d’architecture de l’Université de Rome qui en démontrait la faisabilité. Mais, la décision de le détruire partiellement et de le reconvertir fut tout de même prise (officiellement pour des raisons de sécurité). Ce qui provoqua l’ire des riverains. D’autant plus, que depuis, des traces d’amiante dans l’air des environs ont été relevées.

    [7] Je pense notamment à l’Arena d’Amsterdam, le stade de l’AJAX, reconstruit en 1996.

    [8] Si on excepte les destructions liées au second conflit mondial évidemment (toit, horloge, etc.), et les transformations qu’il a subi, comme de nombreux autres stades européens (en raison de certains accidents et drames), et qui ont réduit sa capacité d’accueil (voir à ce sujet le site d’arsenal-en anglais).

    [9] Le projet a coûté près de 400 millions de £, dont un quart a été financé par un contrat de partenariat avec l’entreprise Fly Emirates en 2004 qui a fini par donner son nom au stade. Le reste étant des emprunts qu’Arsenal entendait bien couvrir par la vente des appartements de Highbury Square.

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    Sources : archiportale.com ; ouestfrance.fr ; lakoominfo.com, wikipedia.it.

    Crédits photos : sportvox.com ; panoramio.com ; highburysquare.com ; ouestfrance.fr ; wikipedia.it.


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  •          L’écologie et le développement durable jouent et joueront sans doute à l’avenir un rôle de plus en plus important dans nos vies et dans nos villes. Au point d’impacter les normes de construction, d’influencer (contraindre ?) les architectes, les urbanistes, les paysagistes, les décideurs publics, et de modifier nos comportements et nos rapports avec l’espace urbain.

    Plusieurs exemples récents en témoignent qu’ils visent à densifier la ville, à purifier son air, à créer un ersatz d’agriculture urbaine (je vous en parlais ici), ou à y produire de l’énergie propre. La semaine dernière, c’était au tour de la mairie de ParisEoliennes Belleville. d’annoncer, de confirmer serait plus approprié, son ambition en la matière. En effet, après les mini-éoliennes installées dans le parc de Belleville (c.f ci-contre), sur la maison de l’air, après la volonté de rendre à la nature les berges de la Seine (au moins en partie), l’idée est, cette fois, de s’équiper d’hydroliennes pour utiliser l’énergie cinétique du cours d’eau parisien afin de produire de l’électricité. Alors, hydroliennes en Seine, pale d’or ou pale de plomb 2011 ?

                Contrairement à ce que nombre de Parisiens et Franciliens croient, la Seine demeure une source majeure d’approvisionnement en eau de la capitale. Ce qui paraît être une évidence quand on parle nettoyage des rues ou drainage des égouts, le devient beaucoup moins quand on évoque la consommation domestique. Et pourtant, la moitié des 550 000 m3 consommés quotidiennement par les habitants de la capitale est bien issue de la Seine*[1]. Et n’oublions pas non plus qu’il n’y a pas si longtemps, on s’y baignait, on y lavait son linge, et elle servait également grandement à toutes les activités disséminées sur tout son parcours parisien et francilien. Ce qui a d’ailleurs sans doute précipité sa perte, la pollution engendrée la condamnant à n’être plus qu’un merveilleux décor naturel pour la « Ville Lumière »*[2].

    La situation pourrait bien changer dans les années à venir si on en croit le projet révélé la semaine dernière par la mairie de Paris qui vise à équiper la capitale d’ici 2011 d’hydroliennes capables de produire de l’énergie. Huit seraient prévues dans un premier temps, réparties autour de quatre lieux emblématiques de la capitale, à raison de deux hydroliennes par site retenu : le pont au Change dans le Ier arrondissement (entre l’île de la Cité et Châtelet) ; l’axe voisin constitué par les ponts Marie et de la Tournelle entre les deux rives et l’île Saint-Louis ; et enfin, plus excentré, le pont du Garigliano dans l’ouest parisien. Des choix savamment étudiHydroliennes.és puisqu’à ces endroits, « le courant s’accélère légèrement » (dixit Denis BAUPIN, élu vert de la capitale, interrogé par le journal Le parisien).

    Ce que contestent déjà les opposants au projet qui ne l’estiment pas viable pour la capitale, le débit de la Seine étant beaucoup trop lent, de l’ordre de 1 mètre/s au mieux, alors qu’il en faudrait facilement le triple pour que la production soit intéressante. Si mes souvenirs sont bons, il n’y a pas si longtemps, certains prédisaient un destin similaire au vélib’, on a vu le résultat. Néanmoins, il est vrai qu’ici la situation est bien différente. Il faut en effet que les hydroliennes ne soient pas un gouffre financier (sans parler du risque d’échec technique) tout en couvrant une partie même infime des besoins énergétiques des Parisiens. Dans le cas contraire, le pari serait perdu. Problème de rentabilité qui ne se posait guère pour le vélo libre-service à Paris, le prestataire (dans le cas parisien, l’entreprise J-C. DECAUX) assumant seule les coûts (fournitures, maintenance, remplacements, etc.).

    D’ailleurs, du côté de la mairie et pour éviter toutes contestations, on espère bien réitérer avec le projet hydroliennes l’expérience vélib’, en confiant le financement de l’opération au futur prestataire dont le nom sera connu début 2011. Les premières pales devant, elles, commencer leur rotation au cours de l’été suivant. Et on anticipe même un éventuel échec en avouant qu’il s’agit surtout d’éveiller la conscience écolo des Parisiens.

    En tout cas, ce projet démontre à quel point la ville (prise globalement) entend bien se repenser pour aborder les défis environnementaux du siècle à venir. Ce qui fait écho à un autre projet qu’ont récemment proposé de jeunes designers et architectes transalpins : la plate-forme/roue aquatique capable de produire de l’énergie, dénommée WaterWheelGate.

    Cette idée, qui leur a d’ailleurs permis de remporter l’Award Mini-Design 2008, Giacomo SANNA et Alessandra SCARDAONI l’ont eu en répondant au thème de la quatrième édition du concours de l’université de Rome qui était de « re-donner de la valeur à l’eau ».

    Ce qui, dans leurs esprits créatifs, s’est traduit par une réinterprétation contemporaine, citadine et ludique de nos antiques moulins à eau, à travers l’installation dans nos villes de plate-forme flexibles munies d’une roue (qui fait égalemeWaterWheelGate.nt office de porte d’entrée) capable de produire de l’énergie grâce à la force aquatique. Idée d’autant plus ingénieuse qu’ils y ont concrètement associé les citadins qui les utiliseront et les paieront. Et comment mieux les sensibiliser qu’avec une expérience ludique. C’est ainsi que le centre de leur plate-forme devient bar, restaurant, salle de gym à ciel ouvert, cinéma, et accueille un gigantesque compteur de kilowatts/h afin de les informer de la production énergétique de leur structure à un instant « t ».

    L’eau est ainsi valorisée en tant que ressource naturelle et renouvelable d’énergie, et cela permet, selon leurs propres mots,WaterWheelGate. « de rétablir un rapport entre la ville et l’eau et entre elle, sa valeur et l’homme ».  En tout cas, l’idée est indéniablement intéressante, même s’il paraît bien improbable de couvrir totalement les besoins énergétiques de nos grandes métropoles avec ces simples installations semi-aquatiques, ou alors faudra t-il y sacrifier tous nos cours d’eau (et encore, même dans ce cas, rien est moins sûr).

     

    Au final, que ces deux expériences soient couronnées de succès ou sombrent dans l’oubli, peu importe, elles confirment surtout la volonté de réappropriation, de redécouverte et de ré-utilisation par la plupart des grandes villes du monde de leur environnement naturel immédiat.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Après traitement évidemment dans l’une des usines de traitement des eaux souterraines et/ou de surface de la région, comme celle d’Orly ou de Joinville. Source : eaudeparis.fr.

    [2] D’autres cours d’eau n’ayant même pas eu cette chance. Je pense à la Bièvre qui a fini par être couverte sur la majeure partie de son tracé (totalement dans Paris à partir de 1912), victime de la pollution de ses riverains (tanneurs, teinturiers, etc.). Même si on parle aujourd’hui de la re-découvrir en intra-muros. A ce sujet, lire l’excellent ouvrage de GAGNEUX (Renaud) et ANCKAERT (Jean), Sur les traces de la Bièvre parisienne, promenade au fil d’une rivière disparue, Paris, Parigramme, 2002, 158 p.

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    Vidéo de présentation du WaterWheelGate suivi d’une interview (en italien) des lauréats du concours 2008 :

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    Sources (italiennes et françaises) : lemonde.fr ; leparisien.fr ; architteturaedesign.it ; minidesignaward.it ; batiactu.fr ; eaudeparis.fr.


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  • Vous ne l’aurez peut-être pas remarqué ce matin (ndlr, le vendredi 28/V/2010) avec la sortie de l’Ipa… qui occupe outrageusement les unes de nos grands quotidiens nationaux, mais c’est bien hier qu’a eu lieu l’adoption définitive du projet de loi sur le Grand-Paris par le parlement français, près de trois ans après le lancement de4/transports. ce grand chantier par le président de la République, Nicolas SARKOZY. 

    On nous avait, encore une fois, promis une révolution notamment en matière de gouvernance. On nous avait promis de n’oublier rien (transports, logements, aménagements, solidarité territoriale, etc.), ni personne, c’est-à-dire surtout les Franciliens qui souffrent au quotidien du manque de logements et des carences des transports collectifs. On nous avait vendu un grand débat national dans lequel chacun pourrait apporter sa contribution (un site internet fut même lancé dans cet objectif). On avait convié les plus grands noms de l’architecture et de l’urbanisme (NOUVEL, PORTZAMPARC, CASTRO, ROGERS, en tout dix équipes avaient été retenues). On avait créé un secrétariat d’Etat à la région-capitale, confié au charismatique et dynamique Christian BLANC, déjà redresseur en son temps de situation désespérée : à Air France ou à la RATP. On nous avait assuré, pour le salut du projet, que les clivages traditionnels entre élus de la région (gauche/droite ; Paris/banlieue ; villes riches/villes pauvres, etc.) et entre eux et l’échelon étatique seraient combattus puis annihilés. On nous avait annoncé un financement public exceptionnel, avec le lancement d’une grande contribution nationale, afin de faire vibrer les foules. On parlait déjà de ministères en banlieue, de la création d’une « Silicon Saclay », de milliers d’emplois créés, etc. La Cité de l’architecture et du patrimoine de Chaillot y consacra, pendant un an, une exposition qui eut un succès certain à défaut d’une mise en scène cohérente et bien pensée. Bref, toute la « sarkozye » avait été mise en branle pour faire du vœu du président une œuvre historique dont on se souviendrait.
    Oui, mais voilà, la montagne a comme souvent en France accouché d’une souris. Et ce que redoutait nombre d’observateurs a bien eu lieu, le projet est essentiellement (uniquement ?) centré sur les transports publics. Non pas qu’il ne fallait pas agir dans ce domaine vu la saturation de la plupart des lignes de métro et de RER de la région aujourd’hui, vu l’état de la circulation automobile chaque matin dans toute l’Ile-de-France, vu les prévisions de croissance du trafic, mais limiter le projet à la création d’une « simple » rocade de métro a4/transports.utomatique en première couronne (ou en deuxième ; ou un peu des deux) est sans doute une erreur historique fondamentale que commet la présidence actuelle. Au même titre à mes yeux que celle que commirent en leur temps les instances dirigeantes qui, par anti-parisianisme primaire (le fantôme J-F. GRAVIER*[1] n’est jamais loin), firent d’abord imploser le département de la Seine, avant de limiter au maximum l’étendue de la région Ile-de-France. Pour s’apercevoir, un peu tard, que cela fit de Paris une ville en retrait sur la scène internationale.

    Une chance, peut-être unique, de faire bouger les lignes et de faire de Paris une capitale dynamique et fondamentalement moderne, vient sans doute de passer sous nos yeux. Le mille-feuille institutionnel subsistera probablement, les inégalités régionales demeureront elles aussi sans doute encore bien longtemps, et les milliards d’€ serviront surtout à créer quelques pôles régionaux et une jolie vitrine pour la RATP et la SCNF (métro automatique, gare « verte », etc.). Tout ça pour ça. Galériens, euh Franciliens pardon, consolez-vous, vous pourrez au moins suivre l’avancement des travaux sur votre tout nouveau gadget signé App… L’Histoire, elle, attendra…
    Eric BAIL pour èV_
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    [1] Célèbre géographe français (1915/2005), auteur du non moins célèbre « Paris et le désert français » (1947) qui s’appuie sur le constat suivant : les grandes villes, et surtout la première d’entre-elles, Paris, ont vidé le reste du pays de sa substance, en ont abusivement tiré parti à leur seul profit. Bien que contestée (proche de l’idéologie vichyste, régime auquel GRAVIER était plus ou moins lié d’ailleurs), cette théorie eut un retentissement considérable, notamment auprès des décideurs politiques après-guerre.
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    Sources : lemonde.fr, lefigaro.fr et liberation.fr.
    Cartographie :
    ü  document 1 : carte des limites de ce qu’aurait pu être le Grand-Paris s’il avait adopté approximativement les limites de feu département de la Seine (création personnelle) ;
    ü  document 2 : carte du projet issue d’un article en ligne du figaro traitant de la question. 


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  • Dans les années 1990, alors que l’ordre mondial issu de Yalta s’écroulait, il a incontestablement incarné [notamment pour nous, jeunes élèves, dans nos cours de géo] la mondialisation des échanges, alors présentée comme la pierre angulaire d’une société globale en voie d’émergence. On parlait alors encore joliment, presque poétiquement, de « village-monde », ou bien de « village-planétaire », même si ces expressions n’étaient pas nouvPorte-conteneurselles.

    Lui, c’est bien évidemment le conteneur, vaste boite de conserve parallélépipédique fourre-tout et extra-polyvalente qui devait arpenter toutes les mers du monde, et modifier à jamais le trafic maritime international. Au point de faire naître et/ou de démocratiser tout un vocable lié : gateway, hinterland, conteneurisation, slot, etc. Tout en s’imposant parallèlement dans le paysage, évidemment maritime avec les NPC (navires porte-conteneurs) qui se multiplièrent en nombre, mais aussi et surtout côtier, avec la naissance de vastes zones portuaires à l’environnement caractéristique avec grues, engins de levage, de tri, lieux de stockage, etc.

    Si beaucoup ne pensait pas un tel ras-de-marrée possible, cinquante ans à peine après son invention aux Etats-Unis, plus rares encore sont ceux qui s’imaginaient qu’il pouvait servir, en version sédentarisée cette fois, à stocker non plus de vulgaires marchandises, mais bien des hommes. Car, en effet, depuis quelques mois maintenant, notre bon vieux « container » est plébiscité à la fois par certains responsables politiques et par nos amis les djeun’s comme … chambre/studio universitaire. La version « faux hall d’immeuble » existe aussi, mais elle a connu, notamment au Havre, moins de succès, nous y reviendrons dans un article ultérieur.

    Mais, qu’est donc venu faire notre conteneur dans cette galère ?

    Le manque d’imagination au pouvoir !

    La question de la situation de crise presque perpétuelle dans laquelle se trouve le logement social et/ou étudiant n’a de cesse de se poser avec âpreté, en France, depuis maintenant plus de cinquante ans. Elle fait régulièrement la une de l’actualité, et pousse les associations de défense des mal-logés et les autorités à s’opposer par médias interposés, à coups de plans et contre-plans, d’actions, de déclarations, de chiffres avancés et immédiatemGrands-ensemblesent contredits, etc.

    Pourtant, ces derniers ne trompent pas, tout comme la multiplication des lois qui témoignent d’un malaise persistant : 156 000 places seulement en cité U ou HLM disponibles pour1,3 million d’étudiants*[1] ; des loyers de 500 à 700 €/mois pour une chambre qui ne dépasse parfois pas les 10 m² ; à peine 160 000 logements sociaux mis en chantier en 2009, année noire, alors que 2008 avait déjà été calamiteuse sur ce plan avec 215 000 unités lancées ; plus d’un million de personnes en attente d’un logement social ; loi SRU de XII/2000 à peine ou non-appliquée dans de nombreuses communes du pays (dont la plus emblématique, Neuilly/Seine), etc. Et les faits divers révélés par la presse les confirment hélas trop souvent. Pour ne citer que deux exemples récents : l’annonce de la démolition de 800 logements d’une cité U d’Antony [liberation.fr, 09/X/09], ou la grève de loyer décrétée par des étudiants lillois face à l’état de délabrement de leur résidence [lemonde.fr, 25/II/10].

    On peut donc aisément comprendre que la solution conteneur ait à ce point intéressé nos édiles et la presse. Alors, en voie de guérison l’éternel mal français ? Pas si sûr ! Pourtant, c’est vrai que l’option « logement /conteneur » possède d’indéniables atouts.

    Sous les pavés, le port !

    D’abord, évidemment, on en trouve pléthore sur tous les sites portuaires français, européens et internationaux qui ne demandent qu’à se reconvertir faute d’usage à l’heure actuelle. Reconversion qui peut d’ailleurs intervenir rapidement (une société lyonnaise en a déjà fait son fonds de commerGrands-ensemblesce, tout comme la hollandaise Tempo/Housing), et sans de lourds investissements de la part de la collectivité. Une source, citée par l’AFP, évoquait trois à quatre millions d’€ pour une centaine d’unités converties (in lepoint.fr du 30/I dernier). Ce qui permet de les proposer à l’achat autour de 30 000 € pièce, et à la location (selon les services qui y sont associés) entre 250 et 450 €/mois. Pour un 50 m², meublé, avec balcon, eau, électricité, et connexion internet, c’est là que cela devient intéressant pour les étudiants.

    D’autant que, autre argument de poids, urbanistiquement parlant, il est possible d’assembler, comme un mécano géant, toutes ces boites sur cinq ou six étages afin de créer de véritables micro-quartiers sans que cela ne nécessite une grande réserve foncière, souvent difficile à mobiliser, notamment en ville. Cela permet même parfois de reconvertir des friches industrielles peu valorisanteIntérieur Conteneur-logements pour l’image de la ville. C’est ce qu’à fait Amsterdam avec deux exemples, l’un de 1 300 logements en centre-ville, et un autre plus restreint aux abords du port (source : reportage de France3).

    En France, c’est la ville portuaire la plus « conteneurisée », Le Havre, qui s’est montrée la plus intéressée par l’expérience, dans le cadre du plan de relance des Universités de la ministre de l’enseignement supérieur, Mme Valérie PÉCRESSE, qui a pu compter sur une rallonge de 50 millions d’€ sur son budget « logement étudiant ». Le maire UMP de la ville normande, M. Antoine RUFENACHT, compte bien mettre ces futurs studios/conteneurs à la disposition des étudiants dès la rentrée prochaine. D’autres municipalités sont sur les rangs, comme Villetaneuse en Seine/Saint-Denis.

    En tout cas, dans l’impossibilité de pouvoir encore analyQuartier Conteneurs-logementsser le cas français, que penser de ce nouveau concept urbain là où il existe déjà ?

    Conteneurisation, piège à cons ?   

    Là où il existe, il est vrai qu’il y rencontre un incontestable succès, notamment aux Pays-Bas. Toutefois, attention de ne pas céder à l’emballement. Surtout que le battage médiatique prend évidemment de l’ampleur (un reportage de France3, c.f ci-dessous, avait fait grand bruit il y a plus d’un an, et j’ai ouï dire que Zone/Interdite se penchera sur le cas prochainement).

    Car, premièrement, là-bas, l’idée s’est accompagnée d’une poursuite des constructions de logements à loyers modérés. Faisant même du pays, la première nation européenne quant au ratio nombre de logements sociaux/habitants*[2]. Et il est d’ores-et-déjà prévu à terme de les démolir, ou de n’en faire qu’une force d’appoint, d’ajustement très limitée. Or, en France, l’introduction du concept semble plutôt, elle, se faire dans un contexte de réponse précipitée, mais surtout pérenne, à la pénurie chronique de logements sociaux et étudiants. Rejoignant du même coup l’expérience « Grands ensembles » menée à grande échelle dans le pays entre 1945 et 1970, dont l’objectif était de combler rapidement les besoins au sortir du second conflit mondial, tout en se limitant normalement dans le temps. On a vu depuis ce qu’est devenue cette solution temporaire/provisoire, désormais accusée suite à son évolution de tous les dérèglements urbains, sociaux, et sociétaux du pays. Il ne faudrait donc pas transformer l’expérience « container », sans doute utile à mener, en un simple « remake » encore plus mal fagoté que l’original. En somme, ne pas inventer simplement de grands ensembles « new-generation » ou « 2.0 » qui, vu les politiques publiques menées en la matière, suivraient le même triste chemin que leurs ainées. D’autant que l’on annonce une durée de vie encore plus limitée pour ces logements modulaires que pour leurs aïeux de béton, à peine une soixantaine d’années. C’est donc dès maintenant qu’il faut réfléchir, tout en développant l’expérience, aux logements pérennes et écologiquement durables de demain.

    Cela dit, d’autres tares sont à souligner égalemenRéhabilitation-destructiont. Et pour le coup, ce sont bien elles qui risquent de devenir la véritable plaie pour les résidents, car vécues au quotidien. Ainsi, que dire du manque total d’isolation phonique et thermique des logements/conteneurs. Les étudiants amstellodamois s’en plaignent déjà avec insistance, plaisantant sur l’activité nocturne qui n’est même pas toujours très intense de leurs voisins de chambre.

    Ensuite, à l’image de ce qui s’est fait pour les grands ensembles dans les années 1950/1960, il ne faudrait pas que se crée de nouveau, avec la naissance de ces micro-quartiers conteneurisés, des néo-ghettos urbains enclavés, délaissés par les services publics ou les commerces. Certes, à Amsterdam, la présence, au cœur de l’îlot créé, d’un supermarché ou d’un atelier de réparation de vélos impulse une dynamique urbaine indéniable. Toutefois, cela vaut surtout pour l’exemple du centre-ville, pour le bâtiment né sur les friches portuaires, on insiste déjà davantage sur la vue que sur les services pour faire venir les étudiants. Et côté transport, c’est faîtes la « vélorution », et ne compter pas trop sur une offre publique qui, sachant les coûts et les durées de mises en chantier, ne serait de toute façon pas disponible avant plusieurs années, voire décennies. Ce qui la rendrait alors du même coup injustifiable auprès de la collectivité, si l’on évacue les conteneurs dix à vingt ans après !

    Bref, le conteneur en ville est à tenter. Mais, il faudra être vigilant sur ce que veulent en faire les décideurs afin que l’on ne renouvelle pas certaines expériences urbaines malheureuses qui se sont transformées, bien malgré elles, en cauchemar pour leurs habitants, et qui sont trop souvent à tort pointées du doigt aujourd’hui par les mêmes responsables qui les vantaient il y a peu. En tout cas, espérons surtout que la réalité ne rejoigne pas la science-fiction qui pourrait bien encore avoir été visionnaire sur ce plan. Auquel cas, nous serons tous des Korben DALLAS [c.f le Cinquième élément] en puissance dans nos boites de conserve sagement empilées.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Chiffres représentant les étudiants qui ne vivent pas chez leurs parents, sur un total de 2,2 millions d’étudiants en France. Chiffres de 2007 in dossier « L’éternel crise du logement étudiant », letudiant.fr et lacroix.fr.

    [2] 147/1 000 habitants aux Pays-Bas, contre 70 à peine pour la France. Source : fr.wikipedia.org.

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    Vidéo - reportage de France3 :

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    Sources : letudiant.fr ; lacroix.fr ; lepoint.fr ; leparisien.fr ; lavieeco.com ; couleurgeek.com ; espacetemps.net ; TELLIER (Thibaut), Le Temps des HLM, 1945/1975, La saga urbaine des Trente Glorieuses, Paris, Autrement, 2007, 220 p.

    Vous aurez bien évidemment souligné, en ce qui concerne les sous-titres, la référence estudiantine à V/68 : « l’imagination au pouvoir » ; « sous les pavés, la plage » et « élections, pièges à cons ».


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