• La misère est peut-être moins pénible au soleil comme dirait l’autre, mais le logement social, lui, peut-il apparaître aux yeux du plus grand nombre moins ringard et nauséeux en s’affichant colSocial main street.oré ? Difficile à croire !

    Certes, depuis quelques années maintenant, les différents acteurs de la ville pensent avoir trouvé en la couleur (à outrance parfois) un moyen efficace de re-dynamiser l’espace urbain. Il n’est qu’à constater la myriade d’opérations architecturales récentes pour se convaincre que la ville aime de plus en plus se parer de couleurs criardes, pensant sans doute y gagner en représentativité et en originalité dans un monde mondialisé et aseptisé (la « blue tower » de B. TSCHUMI à NYC -ci-dessous-, le musée du quai Branly, ou l’atrium de Jussieu à Paris, etc.).

    Pourtant, cet argument selon lBlue Tower de NYCequel la ville du passé, forcément contre-exemple pour nombre de nos décideurs actuels, n’aurait été que monochrome*[1] ne tient guère. Et que dire du couple couleur/vitalité en urbanisme et en architecture ! Certains m’accuseront sans doute d’en faire une fixation, mais de belles couleurs s’étalent un peu partout sur de nombreux (et parfois très réussis) édifices publics et privés de la Zac Rive-Gauche parisienne, pourtant la vitalité de cet « îlot urbain » laisse encore sérieusement à désirer.

    Toutefois, quelques-uns continuent dogmatiquement d’affirmer que la couleur en grand, partout, sur tous les supports possibles, sert la ville, permet à ses habitants d’y vivre mieux, de s’y sentir mieux, de gommer les défauts du bâti (sic). C’est notamment le point de vue de l’équipe italienne Urbam e Dante O. BENINI & Partners avec son projet milanais de logements à loyer modéré, intitulé « Social Main Street », prévu pour 2011. Certes, les pseudo-oriels de toutes les couleurs donnent indubitablement du charme à l’édifice, et le contraste avec le blanc dominant fait jaillir une Social Main Street.composition que n’auraient pas reniée certains grands architectes et artistes du mouvement moderne. D’autant plus que sur le toit prendront place divers équipements culturels et/ou sportifs (une Unité d’habitation à l’italienne en quelques sorte), mais aussi des panneaux photovoltaïques en situation de porte-à-faux. Du coup, il paraît évident que l’œil du citadin, riverain ou touriste, se posera sur ces façades, provoquant peut-être ici aussi un effet Bilbao. Ce que recherche prioritairement, sans doute abusivement même, nombre de villes aujourd’hui, des mégapoles jusqu’aux plus petites.

    En revanche, ces quelques qualités esthétiques et plastiques n’effacent pas la forme géométriquement très élémentaire de l’ensemble, un parallélépipède de cinquante mètres de haut à base carrée, abritant une centaine d’appartements de 50 à 100 m². Et si le concept est intéressant, il le doitSocial Main Street. davantage, premièrement, à la standardisation et à la préfabrication (autre arlésienne de l’architecture du XXe siècle) de nombreux éléments de la structure qui permettent de faire diminuer les coûts de fabrication. Et de proposer ainsi aux étudiants, chercheurs et jeunes couples qui sont susceptibles de s’installer ici, à quelques encablures de l’Université Milan-Bicocca, des logements environ 20 % moins chers que ceux proposés actuellement par le marché milanais. Mais, l’opération est  également séduisante, sur le plan environnemental, car les quatorze étages de l’édifice s’élèvent en bois dans le ciel milanais, seule la base de l’édifice étant en béton (sur trois étages), tandis que sa partie centrale accueille des systèmes d’aération, de récupération et de traitement des eaux. Enfin, dernière idée intéressante, les étages intermédiaires (avec accès wi-fi), et les jardinets d’agrément qui les accompagnent pour permettre aux futurs résidents des rencontres ponctuelles ou plus régulières afin d’en faire un véritable lieu de vie. Préoccupation à l’originSocial Main Street.e également de nombreux bâtiments conçus par  les modernes (Corbu, époux SMITHSON, CANDILIS/JOSIC/WOODS, etc.) au siècle dernier.

    L’architecte BENINI, lui, avoue même qu’avec ce projet, il se place dans la continuité de l’enseignement de F. L. WRIGHT, et fait de son architecture « une croisade en faveur de la civilisation humaine », une « expression de la dignité de l’être humain » ! Il y va peut-être un peu fort, mais il est vrai que l’image du logement  social évolue indéniablement depuis peu. Ce projet le prouve, mais d’autres opérations en cours peuvent également en témoigner : à la Porte d’Auteuil en plein XVIe arrondissement par exemple, à deux pas de la « Villa Montmorency », gated communities parisienne très célèbre*[2]. Néanmoins, le chemin sera encore long pour redorer réellement le blason deSocial Main Street. ce qui reste pour nombre de citadins (de seconde zone ?) synonyme de calvaire au quotidien (bâtiment délabré, enclavé, etc.). Et il leur faudra sans doute beaucoup plus que quelques jolis arcs-en-ciel en façade pour voir la vie autrement en logement collectif et social.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Un peu à l’image des enfants qui pensent le monde du passé terne, triste, sans aucune saveur car le découvrant au travers du prisme des films d’archives en noir et blanc.

    [2] Ce projet de constructions de HLM (pourtant déjà haut-de-gamme et limité en terme de taille) a cependant déjà du plomb dans l’aile, comme plusieurs autres dans le même arrondissement. Les protestations et recours des habitants favorisés de cette partie de Paris, relayées par leurs élus dont M. le Maire, Claude GOASGUEN qui n’a pas hésité à dire que le « logement social dénature le XVIe arrondissement », le qualifiant même « d’anomalie » [sic], auront réussi à arrêter net les travaux débutés. Sous des prétextes disons plutôt tendancieux : pour la protection des bâtiments, des sites, d’espaces verts, voire d’un bunker allemand de la seconde guerre mondiale [sic]. En attendant, l’espace Auteuil a, lui, disparu depuis maintenant quelques mois, et un « trou » béant l’a remplacé et ne semble guère devoir être comblé de sitôt.

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    Sources : archiportale.com.

    Crédits photos : archiportale.com ; linternaute.com (pour la blue-tower).


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  • Jan KAPLICKY n’a toujours pas digéré qu’une bonne partie de ses concitoyens (y compris le premier d’entre-eux), ainsi que les conseillers municipaux de la ville de Prague dénigrent (et finissent par enterrer) sa « pieuvre », c’est-à-dirBibliothèque KAPLICKY.e son projet pour la future bibliothèque nationale praguoise qu’ils ont même dédaigneusement surnommé le « crachat ».

    L’architecte tchéco-britannique vient en effet de refuser le prix national des arts et de l’architecture que délivre chaque année le ministère de la culture tchèque, et qui lui a été décerné cette année pour l’ensemble de son œuvre. Il a même écrit une lettre au ministre de la culture motivant sa décision, et dans laquelle il explique que « dans la situation actuelle […] le gouvernement pose des limites […] à Bibliothèque KAPLICKY.ses activités en République Tchèque qui ne lui permettent pas d’accepter le prix ».

    C’est que le ressentiment de l’architecte est grand après l’affaire qu’a suscité son projet l’année dernière, à la fois dans le pays et sa capitale. Car, après une période qui lui fut plutôt favorable, avec des soutiens de poids, tels le maire de Prague, Pavel BEM, qui évoqua « l’architecture intéressante » de son projet, ou l’ancien président Vaclav HAVEL qui trouva son architecture « raffinée et jolie », tout s’est rapidement compliqué. Notamment suite aux prises de position présidentielles puis municipales. L’un des conseillers municipaux, David VONDRAZKA,  estima « qu’on Bibliothèque KAPLICKY.ne saurait établir une chose pareille près du Château de Prague […], et que l’édification de cette bibliothèque porterait préjudice à son panorama », tandis que le président en exercice, Vaclav KLAUS, alla même jusqu’à avouer « qu’il serait prêt à empêcher cette construction de son propre corps ».

    Mais, qu’avait donc de si particulier le projet de KAPLICKY pour provoquer de telles réactions, si passionnées, si déraisonnées ? Sans doute indéniablement l’anticonformisme de son architecture, avec ses couleurs acidulées, sa forme gélatineuse, son emprise éclatée. Ce qui ne pouvait pas coller, selon ses détracteurs, à la fonction à laquelle il se destinait. D’autant que sa localisation, en plein cœur du parc de Letnà, c’est-à-dire tout près [trop près] du très traditionnel château de Prague représentait, pour beaucoup d’entre-eux, un crime de lèse-majesté. Même si d’autres raisons, sans doute moins avouables (plus politiqueBibliothèque KAPLICKY.s) ont pu également peser. Surtout quand on sait que l’on évoque maintenant l’érection probable d’un stade de foot  au même endroit !

    En tout cas, si on ignore désormais quel sera l’avenir de la « pieuvre » à Prague, bien qu’il semble bien sombre, cela aura eu un mérite, celui de susciter de nombreux débats, et de centrer les regards sur la République Tchèque et sa capitale. Il serait peut-être bon de menacer de déployer de semblables tentacules au cœur de Paris pour réveiller notre capitale qui, entre sa future pyramide et son carreau-canopée, paraît bien ankylosée.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Depuis la rédaction de cet article, l’architecte Jan KAPLICKY nous a quitté de façon tragique à 71 ans (le 14/I/2009), en pleine rue et alors qu’il venait à peine d’être papa pour la seconde fois. Sans doute avait-il mis trop d’énergie dans ce dernier projet qui ne verra donc jamais le jour. Petite pensée à travers cette vidéo-hommage :

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    Sources et montages : archiportale.com ; lidovky.cz ; radio.cz ; lemoniteur.fr ; batiweb.com.

    Nouvelle version en date du 13/VI/2010.


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  • Le bassin de la Villette poursuit sa mutation. Après le réaménagement de ses berges avec l’installation entre autres d’un cinéma MK2, de cafés et diverses activités, la mise en valeur de la magnifique rotonde de Claude-Nicolas LEDOUX, vestige de l’enceinte des Fermiers généraux, et même cette année (ndlr 2008) l’arrivée de l’estivante Paris-Plage, c’est au tour de l’ancien site des Magasins généraux de Paris de s’offrir un petit « lifting », en accueillant une auberge de jeunesse, un hôtel et un restaurant dans un bâtiment flambant neuf.

               

    Composé à l’origine de deux entrepôts édifiés entre 1845 et 1853, ce site poursuit à merveille la perspective qui se dessine depuis la place de la bataille de Stalingrad et la rotonde jusqu’au parc de la Villette. Il servait autrefois de lieu pour le stockage de denrées alimentaires non Perspective bassin de la Villette.périssables, comme le sucre, la farine ou le grain. Avant de finir par accueillir bureaux ou squats d’artistes en tout genre, après sa requalification dans les années 1970.

    Si l’incendie qui le ravage en partie au début des années 1990 ne brise pas la perspective, il vient en revanche, en mettant à terre l’un des deux entrepôts*[1], rompre l’harmonie qui y régnait jusqu'alors. C'est pourquoi l’idée de reconstruire à l’identique le bâtiment disparu s’impose très rapidement. Même s’il faut quinze ans, et de nombreuses réunions publiques pour venir à bout des réticences, souvent légitimes, des élus de l’arrondissement ou des habitants du quartier. Le compte-rendu d’une de ces réunions est toujours disponible sur le site de la mairie du XIXe arrondissement. Au cours de celle-ci, qui s'est tenue le 14/IX/2004*[2], le projet envisagé est contesté car on estime qu'il repose uniquement sur des fonds privés et qu'il vise à édifier, outre une auberge de jeunesse que personne ne remet en cause, un restaurant et un hôtel dont on saisit mal l'utilité pour les riverains du bassin de la Villette. Néanmoins, l’opération se concrétise et aboutit à l’inauguration le 17/VII/2008 par le maire de Paris, Bertrand DELANOE, du bâtiment des architectes Philippe CHAIX et Jean-Paul MOREL. Même si l’auberge de jeunesse St Christopher’s Inn avait déjà débuté son activité depuis le début de l’année 2008.

    Celle-ci offre désormais aux jeunes du monde entier 275 lits, répartis en dortoirs de quatre à huit lits (bien individualisés cependant avec rideau et lampe personnels), dans l’un des seuls quartiers de Paris qui offre un tel point d’eau. Les salles de bain, elles, sont communes. Quant aux prix affichés, sans être comparables aux tarifs pratiqués dans ce genre d’établissement et visant ce type de clientèle, ils restent tout de même abordables, avec une fourchette comprise entre 17 € et 30 € la nuit. L’ensemble est complété par un hôtel 3* de 144 lits, un bar, le Belushi’s, et un cyber-café. De quoi capter une clientèle qui boude la capitale au profit/détriment de villes jugées plus branchées, plus dynamiques comme Londres, ou surtout Berlin et Barcelone.

    L’architecture du bâtiment devrait en tout cas faciliter les réservations, tant elle apparaît de prime abord réussie. Pourtant, ici, pas de geste architectuVue depuis le pont levant.ral, pas de prouesses techniques, la bâtisse reprend globalement la physionomie initiale de l’entrepôt disparu. Ce qui permet notamment de re-créer l’équilibre d’antan avec la berge opposée, dont le pavillon a lui aussi connu une petite cure de jouvence (restauration, mise aux normes). En revanche, ce qui lui confère un certain charme, c’est cette très belle enveloppe faîte d’aluminium qui l’entoure gracieusement, à l’image d’un cocon non encore achevé*[3]. Celle-ci permet à la fois de masquer les passerelles d’accès aux chambres de chaque niveau, tout en conférant une légèreté au volume ainsi rebâtit à l’identique. D’autant plus que le corps du bâti, en bois, se situe en retrait par rapport à cette couche externe qui semble ainsi presque flotter.

    Ce sentiment de légèreté, la construction le doit aussi à l’espace vide qui prend place entre l’hôtel et l’auberge de jeunesse qui permet de créer un espace public intérieur (rue et jardin) au plus grand bonheur des visiteurs de passage qui y jouissent d’un point de vue imprenable sur le bassin de la Villette.

    Pour une fois, personne ne trouvera à redire que la jeunesse se rue dans les magasins…

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] Le second pavillon eut plus de chance, même s'il dut, pour des raisons de sécurité, fermer ses portes jusqu'à très récemment. Il est devenu aujourd'hui une antenne de la Cité universitaire de Gentilly.
    [2] Elle s’intitulait « Reconstruction des magasins généraux Quai de Seine – Quels projets pour le bassin de la Villette ? ».
    [3] Un peu à l’image de ce qu’a fait l’agence berlinoise Gnädinger avec le « Science Center Medical Technology » dans la capitale fédérale (je vous en parlais ici).

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    Vidéo du Pavillon de l’Arsenal sur la rénovation des magasins :

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    Source : mairie19.paris.fr (pour les chiffres), parisobs.nouvelobs.com.
    Crédits photographiques : photographies personnelles prises le lundi 21/VII/2008.


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  • Ils ne l’aimaient déjà pas beaucoup le futur stade Jean-Bouin les habitants du sud du XVIe arrondissement de la capitale, ils risquent de faire un peu plus la grimace, et de s’attirer la sympathie de leurs concitoyens parisiens, en apprenant qu’il devrait leur en coûter près de 40 millions d’€ supplémentaires qui s’ajoutent aux 111 millions déjà prévus par les estimations initiales. Ce qui n’est évidemment pas du goût de tout le monde, surtout quand on sait que tant d’infrastructures sporFutur Jean Bouin.tives, en intra- comme en extra-muros, sont si mal ou si peu utilisées à l’image du stade Charléty de la porte de Gentilly dont personne (gestionnaire et club résident j’entends) ne veut et qui avait déjà coûté en son temps près de 120 millions d’€, ou du Stade de France de Saint-Denis qui ne sert que si peu, et souvent pas comme il le devrait.

    Son architecture n’est pas véritablement en cause. Celle-ci, signée Rudy RICCIOTTI*[1], est même plutôt réussie au regard des différents projets présentés au concours, et de la situation actuelle qui ferait sans doute l’affaire pour un petit club de province, mais n’est pas digne du Stade Français, éminent résident du Top14 (équivalent rugby de la L1, c.f ci-dessous). Sa silhouette plutôt basse ne s’abat pas violemment sur ce quartier déjà marqué par l’imposante (tout autant que majestueuse) structure que représente le parc des Princes voisin. Et d’ailleurs, l’enceinte dédié au rugby neStade Jean Bouin. comptera pas plus de 20 000 sièges, tandis que son homologue footballistique avoisine les 45/50 000 places*[2]. Quant à son enveloppe extérieure ondulée, translucide, elle répond merveilleusement bien à celle tout en béton du stade du Paris-Saint-Germain FC.

    Ensuite, afin de ré-affirmer une modernité retrouvée (le stade actuel date tout de même de 1924/5, avant qu’une rénovation n’intervienne en 1970), le projet de RICCIOTTI accueille également sur son toit des panneaux photovoltaïques (1 400 m² prévus) et intègre un système de recyclage de l’eau de pluie pour l’arrosage de la pelouse. Peut-être s’agissait-il pour l’architecte de rallier à sa cause les élus et citoyens écolos de la capitale qui dès le départ ont affiché leur opposition au projet porté par le maire de Paris et son ami Max GUAZZINI, président du SF. D’autant que l’on annonce parallèlement l’aménagement d’un parvis arboré et que l’on souligne l’absence de grilles pour ouvrir davantage le lieu aux habitants duFutur Jean Bouin. quartier.

    Ce qui choque donc davantage les riverains regroupés en collectif (outre le coût, le surcoût désormais, du projet*[3]), c’est que, tout d’abord, derrière des prétextes pseudo-sportifs, se cache en réalité une opération commerciale. De nombreux magasins doivent, en effet, être intégrés au complexe (8 000 m², parking de plus de 500 places). Ce qui n’étonne personne : cette partie de Paris n’en étant guère pourvue. Si l’on excepte évidemment la grande surface de la porte Molitor qui n’est cependant pas très glamour et encore moins adaptée à la consommation de masse. Ensuite, autre problème de la nouvelle enceinte, c’est qu’elle relègue un certain nombre d’activités annexes qui jusqu’à présent prenaient place au sein de l’actuelle, autour de l’hippodrome d’Auteuil dont on annonce depuis si longtemps également la reconversion. Il en est ainsi par exemple pour le hockey sur gazon, même si on lui promet en contrepartie des gradins flambants neufs affichant 500 sièges. Enfin, et pour les habitants du  quartier c’est le principale grief à l’encontre du Futur Jean Bouin.projet, le futur stade prive les écoliers des environs (lycées Claude Bernard et La Fontaine voisins notamment) d’un grand nombre de surfaces qu’ils utilisaient jusqu’à présent pour leurs cours d’EPS et leurs activités extra-scolaires. Ce qui, ajouté au plan envisagé pour l’extension de Roland Garros qui occuperait « Georges Hébert », autre enceinte sportive locale, permet de comprendre (et légitimer) leurs inquiétudes. Il reste désormais peu de temps avant que le projet ne se concrétise puisque les travaux devraient débuter dés l’année prochaine, pour une livraison prévue en 2011. Mais si la mairie comptait sur l’adhésion des Parisiens, c’est loin d’être gagné.

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] L’architecte, à qui l’on doit notamment le centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence (surnommé le pavillon noir), a été désigné lauréat par le jury du concours d’architecture, présidé par le maire de Paris, le 08/XI/2008.

    [2] « Jean Bouin » en affichant à l'heure actuelle péniblement 10 000. Chiffres : paris.fr.

    [3] Même si des considérations politiques ne sont sans doute pas étrangères également à cette forte mobilisation. Celle-ci est en effet orchestrée par le maire et des habitants de Boulogne-Billancourt, commune voisine gérée par l'UMP.

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    Vidéo du nouveau stade vu du ciel :

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    Source : dossier de presse (paris.fr), linternaute.com.

    Photos : idem + photographie personnelle du stade actuel prise le 28/VI/2008.

    Nouvelle version du dimanche 13/VI/2010.


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  • Il y pensait depuis longtemps Bertrand DELANOË, et pas simplement en se rasant comme dirait le président (au temps où il ne l’était pas encore). C’est en tout cas désormais chose faite : une tour verra bien le jouTriangle.r prochainement à Paris, porte de Versailles. C’est ce que le maire de Paris vient en effet d’annoncer lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’hôtel de ville, le jeudi 25/IX/2008, en présence de l’architecte lauréat, Jacques HERZOG, décidément très à la fête en ce moment. Il s’agit, en tout cas, d’un véritable évènement dans la capitale puisque depuis une petite vingtaine d’années, aucun gratte-ciel d’importance n’y avait vu le jour en intra-muros*[1]. Même si, d’une part, cette tour ne ressemble finalement pas vraiment à une tour et que, d’autre part, elle émergera aux limites de la ville, pour ainsi dire même en banlieue.

    Bertrand aux pays des merveilles.

    Plus qu’une tour, le premier IGH parisien de l’ère DELANOË ressemble davantage à une pyramide (c.f ci-dessous), à base longue et étroite, et qui culmine à près de 200 mètres de haut (180 mètres précisément). Cette pyramide, surnommée « Triangle », doit offrir 70 000 m² de surfaces supplémentaireTriangle.s (logements, bureaux, commerces, terrasses, etc.) au sein du Parc des expositions de la porte de Versailles qui subit du même coup un petit lifting, puisque l’on parle du réaménagement de 17 000 m² aux alentours du nouveau bâtiment. Sa surface extérieure, plus classique, se pare, elle, de verre comme la plupart des gratte-ciel contemporains. Le tout devant commencer à sortir de terre à la fin de l’année 2009, pour une livraison prévue vers 2012/3.

    Cette silhouette si particulière, elle le doit en partie, selon les élus, le promoteur et le cabinet d’architecture, à la volonté de ne pas obstruer les vues et de « limiter l’ombre portée sur les voisins » (sic). Il paraît donc difficile, de prime abord, de ne pas approuver les choix annoncés, plutôt mesurés et raisonnés (d’autant que des concertations ont eu lieu avec les riverains) et de ne pas succomber au charme de la tour tant désirée par le maire de Paris. Au regard des premières images présentées, Triangle s’élève ainsi plutôt gracieusement au sein d’un Triangle.parc des expos où halls et hangars sans élégance dominaient jusqu’alors. Quant à sa finesse et à son emprise au sol relativement limitée, elles lui permettent de ne pas trop écraser le paysage du sud parisien.

    D’ailleurs, si quelques doutes vous assaillaient encore, après les annonces médiatiques qui ont suivi immédiatement la réunion de jeudi, aucune hésitation n’est désormais possible : la pyramide urbaine de DELANOË est somptueuse, le choix plus que judicieux, Triangle ne peut que plaire, et plaît déjà à tout le monde, y compris aux Parisiens et aux riverains de la porte de Versailles (JT de Canal + du soir par exemple). Une fois encore, et comme depuis le début dans cette affaire des tours à Paris, l’unanimité (au moins médiatique) prévaut. Toute la Gaule [et a fortiori tout Lutèce] paraît conquise. Toute ? NTriangle.on. Car, une poignée d’irréductibles résistent encore et toujours à l’enthousiasme ambiant qui commence tout de même à agacer. Le souci, c’est que ces critiques viennent essentiellement, un, du camp UMP, deux, des Verts parisiens (de Denis BAUPIN notamment), deux groupes qui ne portent pas le maire actuel de la capitale dans leur cœur. D’où la faible portée de celles-ci. Et du coup, on se retrouve presque dans « Bertrand au pays des merveilles », avec tout le respect que l’on doit à l’actuel locataire de l’Hôtel de Ville de Paris. Pourtant, des critiques constructives sur ce projet, il est aisé d’en soulever.

    Je déplace ma tour ici, et … échec et mat.

    Tout d’abord, croire que cette tour, enfin plutôt cette non-tour, est à elle seule capable de hisser notre bonne vieille capitale sur le podium, et modestie française oblige sur la première marche évidemment, des métropoles mondiales les plus dynamiques, c’est peut-être y aller un peu fort ! Il est impressionnant de constater ce qu’à peine deux cents mètres de béton et de verre peuvent avoir d'effets positifs sur une ville ! Je serais, en tout cas, tenté de proposer à tous les maires de France qui en ont assez de voir leur commune critiquée, délaissée ouTriangle. en crise, d’ériger eux-aussi un IGH pour voir leur(s) souci(s) s’évaporer comme par enchantement.

    Ensuite, pourquoi avoir choisi une telle forme ? Certes, le geste architectural peut paraître audacieux, certains le trouvent même sans doute osé, tandis que d’autres le trouveront probablement opportun pour la capitale que doit être Paris au XXIe siècle. Pourtant, ce choix ne l’a-t-il pas été surtout pour éviter l’affrontement avec les opposants des IGH dans Paris qui ne désarment toujours pas ? Triangle permettant à la fois d’affirmer concrètement dans le paysage parisien la volonté de Bertrand DELANOË, fidèle à ses convictions depuis 2001, tout en minorant son impact sur son environnement immédiat, et en évitant d’adopter les canons traditionnels de la tour urbaine. D’autant que, d’une part, et le maire de Paris l’a très bien à l’esprit, le monolithe n’a toujours pas la cote dans la capitale, l’opération Montparnasse n’étant jamais très loin*[2], et que, d’autre part, le choix du site d’implantation n’est guère sujet à polémiques : au sein d’un parc des expos en pleine mutation, et  aux marges les plus extrêmes de la capitale.

    Que dire ensuite de la révolution architecturale et urbanistique qu’était censé nous apporter Triangle, et que l’on nous annonce depuis que le débat sur les tours à Paris a refait surface il y a quelques années maintenant. La tour-pyramide du promoteur Unibail est encore une opération essentiellement commerTriangle.ciale, ce qui paraît évidemment tout à fait logique, des intérêts financiers colossaux étant en jeu. Et, si on nous annonce bien de nouvelles places publiques, des logements, des terrasses et des points de vue supplémentaires dans cet endroit de la capitale, nul doute que les commerces et les bureaux domineront dans le projet. Pour faire passer la pilule, le maire de Paris a alors insisté sur le caractère exclusivement privé de l’opération qui ne coûtera donc rien aux contribuables parisiens : argument choc qui écarte ainsi beaucoup de contre-arguments valables !

    Reste enfin sa situation géographique. Non pas que le XVe arrondissement et la porte de Versailles ne méritent pas de tels projets, au contraire*[3]. Mais tout de même, Triangle ne risque t-elle pas de se trouver à l’écart du reste de la ville qui bouge et bougera à l’avenir, comme un objet un peu posé au hasard et surtout au gré de l’espace encore disponible dans la capitale. Faisant du même coup l’impasse sur de nécessaires réflexions sur ce que doit être la ville de demain.  Difficile de répondre, même si Triangle peut aussi apparaître comme un pari dont le but est de dynamiser un espace qui ne se trouve que conjoncturellement animé. Seul l’avenir nous le dira.

    En tout cas, la première tour parisienne de DELANOË ne manque pas d’atouts, c’est certain. Et je le confesse, je serai sans doute l’un des premiers à l’admirer, à la gravir, et à profiter de ses terrasses et points de vue. Néanmoins, plutôt qu’un coup architecturalo-médiatique, il aurait sans doute été plus judicieux de repenser la ville préalablement, et de faire du futur projet le cœur de ce renouveau urbanistique que l’on nous promet maintenant depuis tant d’années. Rien n’est évidemment encore perdu, le chantier est loin de ses débuts, et de nombreuses autres tours sont annoncées ailleurs dans la capitale. Toutefois, si c’est avec ce genre de projets que l’on compte affronter l’après-pétrole, comme dirait Cyrano de Bergerac : « C’est un peu court jeune homme ».

    Eric BAIL pour èV_

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    [1] L’une des dernières constructions hautes érigée en intra-muros le fut dans le cadre de l’opération « Front de Seine » dans le XVe arrondissement. Il s’agit de la tour Cristal qui date de 1990 et qui atteint les 98 mètres de haut.

    [2] D’où l’empressement avec lequel les architectes ont également souligné l’absence de dalle sur le site, insistant sur l’ancrage dans le sol de leur construction. Jussieu, le Front de Seine ou Maine-Montparnasse hantant toujours les esprits.

    [3] Le XVe est tout de même le plus peuplé des arrondissements parisiens et le parc des expos l’une des vitrines de Paris.

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    Triangle en vidéo :

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    Sources : éditions internet de tous les grands quotidiens et hebdos nationaux (leparisien.fr, lefigaro.fr, parisobs.com, etc.) ; paris.fr.

    Crédits photos : paris.fr.

    Nouvelle version du dimanche 23/VI/2010.


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